es textes très courts n’ont pas attendu Twiter. Il y a une tradition littéraire du proverbe, de la maxime, de l’aphorisme, de l’adage, du dicton, de la sentence, de
la pensée, de la devise, de la réplique qui tue, et ici, du recours au dictionnaire de synonymes. Bref, la phrase qui fait mouche n’est pas d’hier et 140 caractères lui sont de longue date bien
suffisants.
Mais tout porte à croire que Twiter, en offrant une diffusion massive, a boosté le genre. Il y a donc en littérature un style « mini » qui se porte bien, avec lequel Grégoire Lacroix habille très heureusement sa plume de longue date : il est né en 1933.
Je ne connaissais pas Grégoire Lacroix jusque là. (Précision aussi inutile qu’immodeste en ce qu’elle laisse entendre : que cet auteur aurait réussi à échapper à ma traque vigilante, de la surprise en résultant, puis dans cet anonymat maintenant battu en brèche, quelque facétie de son talent. Autrement dit, quelque chose comme : Par quel tour de force Grégoire Lacroix a-t-il réussi à échapper jusque ici à ma lecture ?)
Il m’aura fallu attendre que Véronique K. notre psychiatre tatouée, invariablement en tongs, m’apporte une nouvelle pile de livres accompagnée d’un « Tiens, j’ai pensé à toi. » qui me fait toujours un peu sursauter. J’ai peur de découvrir dans sa livraison « La folie meurtrière chez les éducateurs : comment la prévenir » ou « La psychopathologie pour les nuls et les travailleurs sociaux ». Bien à tort : sachant que j’écris, Véronique ne me prête que des livres où le langage est roi. Cette fois là :
- Anagrammes renversantes, d’Étienne Klein et Jacques Perry-Salkow chez Flamarion - Novembre 2011 - Mouais.
- Anagram, de Jean Zéboulon, à La Table Ronde - octobre 2011- Bof.
- Lire est le Propre de l’Homme, à l’école des loisirs - novembre 2011 - Intéressant.
- Interviews d’outre-tombe - Confessions des classiques du Lagarde et Michard - de Jérôme Pintoux chez JBZ&Cie - novembre 2011- Nul.
- Euphorismes de Grégoire Lacroix, chez Max Milo - 2011 - Bien.
Ces dates de parution, à elles seules, me fascinent. Ces cinq livres sont sortis entre octobre et novembre 2011. Ça tendrait à accréditer l’idée que même dans la « niche »des ouvrages consacrés aux jeux d’écriture et aux réflexions sur la lecture, plusieurs dizaines paraissent par an. Cette idée est à peine moins inquiétante que celle conduisant à penser que Véronique, en lacanienne intéressée par le langage, mais pas que, achète peut-être plusieurs dizaines de livres par mois.
Pour donner une idée du contenu d’Euphorismes, j’espère que personne ne m’en voudra d’avoir préférentiellement relevé au fil des pages ceux parlant des femmes. L’auteur nous y invite d’ailleurs, puisque son livre se termine page 223 par :
Quand une femme fait le premier pas,
c’est quelle veut avoir
le dernier mot.
Mais ça, c’est bien après l’inégalable :
La principale différence
entre l’homme et la femme
c’est la femme
Je vous donne ceux que j’ai relevé au fil des pages, en vrac :
Il y a des couples
où l’un des deux, au moins,
est de trop.
Il y a des femmes
qui vous rendrait heureux
si on les laissait faire !
La mauvaise foi
est une spécialité féminine.
D’ailleurs, tous les hommes
sont d’accord là-dessus.
Les femmes ne se doutent pas
que leur plus dangereuse rivale
c’est la liberté.
Les femmes ont un sixième sens.
Malheureusement, il est giratoire.
Je ne suis pas macho.
mais je suis obligé de faire semblant sinon
les femmes ne me prendraient pas au sérieux.
Il n’y a pas de plus beau
lever de soleil
que le sourire
d’une femme amoureuse.
Brûler de rencontrer la femme idéale,
c’est de l’impatience fiction.
Dans notre couple, ma femme et moi
nous sommes réparti les rôles :
Moi,
je suis le seul maître à bord après Dieu.
Elle,
c’est Dieu.
Je suis jaloux des fleurs :
elles plaisent aux femmes
sans le faire exprès.
Le mariage est le passage
de l’éphémère à l’effet-mémère.
Le plus grave reproche
que je puisse adresser à une femme
qui me quitte,
c’est de ne pas me manquer.
Il ne faudrait pour autant pas croire que l’ouvrage de Grégoire Lacroix ne s’irrigue qu’à l’inépuisable source des relations homme-femme :
La mort est une grande faucheuse
mais si vous l’accusez de faux et usage de faux*
Elle vous répondra par un ossement d’épaule.
Est-on vraiment obligé d’aimer
Ceux qu’on admire ?
Grâce au lecteur de code barre,
on va enfin savoir ce que
coûte un zèbre.
La pluie,
c’est un fleuve en pointillé.
Un seul être vous manque
et tout est comme avant.
Avec l’âge, on renonce
à bien des choses
dont on aurait pu se passer
beaucoup plus tôt.
Ce qu’on peut
reprocher à la jeunesse,**
c’est qu’elle se laisse trop
facilement convaincre
que la haine
n’est qu’une forme exaltée
de l’enthousiasme.
Il ne faut pas confondre :
ce n’est pas parce qu’on est seul
qu’on est unique.
C’est à sa mort
qu’on sait si un écologiste
était sincère :
il n’oublie pas de s’éteindre
en partant...
J’aime les textes courts. Mais je ne vois là aucun effet pervers d’une époque pressée, où l’émiettement de notre continuum obligerait sans cesse à zapper, nous interdisant de lire long. La lecture, je la vois comme un mur de soutènement, à l’appareillage cyclopéen, les gros blocs de nos auteurs favoris laissant entre eux assez d’interstices pour y glisser des nouvelles, des articles, des euphorismes, de nature à solidariser le tout.
Par ailleurs, l’ouvrage de Grégoire Lacroix se présente comme un vrai livre : vraie reliure, vraie jaquette, vraie mise en page, vrai travail sur la typo et l’impression, vraies illustrations, vrai papier satiné bistre. C’est dans cette valeur ajoutée par le travail de l’édition que les livres papiers garderont les honneurs de nos bibliothèques. Elles encore trop encombrées d’ouvrages aux pages à peine collées entre elles au sortir de l’imprimante, juste vêtus d’une pauvre couverture à guère plus épaisse que leur papier. Ceux là, on gagnerait à les lire à l’ordi, ou sur n’importe quelle liseuse électronique, pour n’acheter que les meilleurs dans leur version matérielle.
Du même Grégoire Lacroix, ne loupez pas son musée imaginaire, en ligne sur Picassa, d’où j’ai extrait certaines illustrations de cet article, ni son carnet, joliment titré : « Un avant goût de mes arrières pensées » où vous trouverez même des « fables express » qu’on croirait échappées de Scribulations.
** Plus que la jeunesse, cet euphorisme me parait plutôt concerner les électeurs du Front National.







on, je ne vais pas recopier tout le recueil, non plus ! Mais peut être ces deux extraits vous donneront-ils, à votre tour, le désir de plonger dans la poésie d’Al Berto, qui
manque à la culture de certains, m'a-t-on dit... Petit rappel de contexte : perso, 




es malentendus mènent à tout, à condition d’en sortir. C’est sur un malentendu qu’a commencé ma relation épistolaire
avec Edwige Planchin. Pénélope Labruyère, mon éditrice d’alors, lui avait transmis mes coordonnées. Edwige avait du coup compris que j’étais éditeur et m’avait envoyé tout un lot de manuscrits
d’albums jeunesse. Une fois précisé que je n’étais éditeur que de la revue Scribulations, je lui ai quand même proposé de jeter un oeil sur ses manuscrits, en tant que lecteur bienveillant et
critique, si bien que depuis, on correspond sur ce mode là. J’ai donc eu la primeur d’une lecture avant édition de son « AbanDON Adoption, quand la mère se retire » un ouvrage mêlant le
témoignage et l’essai, écrit par Edwige à partir de l’attente, de la naissance de l’abandon puis du décès d’Ulysse, son deuxième enfant. Elle m’a demandé d’en parler. Je ne sais pas si je
l’aurais fait spontanément, mais pour elle, oui. Par chance, la sortie de son livre s’est accompagnée d’articles de presse, dont un, paru dans Mag2Lyon, dont elle s’est fait l’écho sur sa page
Facebook.

u sais ce que c’est, quand on constate qu’un livre auquel on tenait a disparu : c’est le drame ! Quand il s’agit d’un livre récent, ou d’une collection suivie,
ça va, on le rachète, mais quand il s’agit d’un album pour enfants sorti dans les années soixante...



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