out ça, c'est à cause de Paul, alias Ysengrimus bien sûr. Mais comme il a le dos large, et l'amitié solide, il ne m'en voudra pas de m'appuyer dessus pour étayer cette quête, dont le
point de départ est un sien propos, tenu sur « Portraits de blogueurs ».
Contexte : Paul répond à la question : « Pourquoi
bloguez-vous ? » À cause de la nature du médium. C’est un médium qui est extrêmement intéressant, de quatre points de vues : (je résume : ) 1 - On écrit ce qu’on veut
sans intermédiaire. 2 - c’est un dispositif interactif. 3 - le blog permet de réunir la force de l’argumentation académique et le caractère à la fois intime et passionné du propos. 4 - On peut
mettre en ligne des textes d’une bonne taille.
C’est son N°3 qui m’intéresse tout particulièrement : le blog
développe un style bien à lui, qui permet d’allier la force d’un texte académique avec le caractère à la fois intime et passionnel d’un texte personnel, qui serait par exemple un texte de
fiction. Les deux s’unissent très bien. Il y a un « genre blog » un « genre carnet » qui est en train de se développer, qui est extrêmement intéressant à explorer.
D’où la question, simple dans sa formulation, bien que double, ça commence bien : C’est quoi, le
« genre carnet » ? C’est quoi le « Style blog » ?
Pour tenter d'y réponde, on va faire avec ce qu’on a, c’est à dire suivre les pistes esquissées par
cette réflexion de Paul et voir dans quelle mesure l'expérience et ma réflexion perso prolongent ces pistes ou s'en écartent.
On relèvera pour commencer que le propos de Paul n’est pas écrit, il est filmé. Le cadre dans lequel il
s’insère et la technique qui le porte ne permettent pas d’entrer en finesse ni en longueur dans une pensée. Paul a quelques seconde pour exposer son propos : il schématise. Pour autant, je
ne lui ferais pas l’injure de penser qu’il confond « genre » et « style », aussi convient-il sans doute de garder cette distinction, que seule la brièveté du propos tend à
confondre. En revanche, on ne fera pas plus de différence ici entre « blog » et « carnet » qu’il n’en fait lui-même.
Il faut également supposer que Paul parle en ayant en tête son propre carnet. C’est d’ailleurs bien
normal, puisque c’est précisément celui-là (et son rédacteur) qu’on lui demande de présenter. Du coup, me voilà très tenté d’engager cette quête en seule direction de l'écriture, considérée sur
son versant des genres : publication universitaire, autobiographie, fiction. Mais également sur son versant des styles : académique, intime, passionnel, narratif...
Mais finalement non, du moins pas tout de suite, parce qu'à procéder ainsi, on s'engagerait dans un
mouvement dont le sketch de Fernand Raynaud donne une bonne caricature,
consistant à virer tout ce qui paraît superflu, au risque de ne même plus avoir, au final, le nécessaire. Autrement dit, à n'examiner que des carnet littéraires à la recherche d'une hypothétique
écriture « style blog », on risque de ne plus voir cette évidence : la plupart des carnets n'ont aucune prétention littéraire et certains ne contiennent pas ou quasi pas d'écrit. Ne
participent-ils donc pas au genre blog, considéré ici comme une forme d'expression ? Bien sûr que si. Et sur les carnet dans lesquels l'écrit tient une place minoritaire, mais significative, ne
pourrait-on pas trouver aussi chez eux des indices de ce que pourrait être un style blog ? Faudrait aller voir.
Du coup, j'ai effectué (avec élégance) un petit pas de côté, me disant qu'il serait peut-être plus
éclairant, pour trouver des éléments constitutifs du « style blog », de le distinguer à partir de, ou parmi d'autres styles d'écriture : l'écriture SMS, l'écriture Twiter, l'écriture
journalistique...
Concernant les deux premiers exemples, il est assez facile de caractériser ce qui distingue une écriture
blog d'une écriture SMS et Twiter. Par rapport au SMS, le blog renonce aux abréviation, au « style télégraphique ». Il écrit de façon littérale, en respectant les règles de syntaxe,
d'orthographe et de grammaire usuels. J'appuie cette affirmation sur la consultation des blogs classés de 1 à 10 puis de 100 à 110, puis de 200 à 210 puis de 300 à 310 du classement E-buzzing. À part un, qui n'écrit pas DU TOUT, tous les autres respectent à la lettre (c'est le cas de le dire) cette discipline, ou plutôt, cet
usage discipliné de la langue écrite. On aura compris qu'en consultant ce classement, et de cette façon, je suis tombé sur un bon échantillon de tout ce qui se fait en matière de blog, toutes
plateformes confondues (avec une sur-représentation des blog Wordpress). J'insiste : il ne s'agit pas d'une conformité approximative, ou moyenne, mais absolue. C'est à dire que sur les quarante
blogs que j'ai lus, je n'ai relevé aucune faute d'orthographe. Tu dis ? Ça ne t'étonnes pas, vu que je ne vois même pas les miennes ? Va jouer. Tu sais très bien qu'on repère bien mieux celles
des autres.
Par rapport à Twiter, outre ce qui vaut également pour le SMS et comme le relevait déjà Paul, l'écriture
blog se caractérise également par le volume quelle autorise, ne se fixant comme limite supérieure que la prolixité du rédacteur et la résistance oculaire du lecteur.
SMS et Twiter nous mènent sur une piste bien intéressante : et si, finalement, l'écriture sur un blog,
dans sa forme et dans son style, était surtout déterminée par son cadre technique ? Autrement dit, par la technologie qui la porte ?
L'article « De l’origine du
blog en France » de iDorian, fait remonter les blog à l'époque du Minitel. Mouais... Il rappelle utilement que l'apparence et les fonctionnalités qu'on leur connaît actuellement, assez
semblables toutes plateformes confondues, sont venu écraser d'autres modèles, selon cette loi mainte fois vérifiée en matière de nouvelles technologies : seules les plus adoptées survivent. Ce
qu'auraient pu être les blogs, à vrai dire, je m'en tape un peu, mais ce qu'ils sont, techniquement, me paraît découler de l'acceptation la plus large du mot « journal ». Je ne sais pas
si l'anglais fait la même confusion que le français, qui laisse entendre dans « journal » à la fois « journal intime », « journal de bord », « journal de
voyage » et « Journal de presse », ni si « carnet » laisse entendre comme chez nous « carnet de croquis », « carnet de notes » et « carnet de
bord » mais dans ces champs sémantique là, on trouve tout ce qui nous faut pour décrire nos blogs.
Au journal « de journaleux » autrement dit, à l’organe de presse, les blogs empruntent
beaucoup. L’obligation de donner un titre à son billet, de l’inscrire dans une rubrique (ou catégorie). Ce ne sera pas « faits divers » ou « nouvelles locales » (quoique) mais
chaque carnet aura nécessairement les siennes, plus ou moins nombreuses, plus ou moins abondées. La longueur du billet, variable, mais dans les proportions habituelles de la presse papier. Le
recours aux illustrations. Enfin, j’aurais peut-être dû commencer par elle : la publication, autrement dit, la diffusion publique.
Au journal intime, le blog emprunte le ton personnel et subjectif, le caractère parfois très local,
voire microscopique de ses sujets, mais également l’adresse au lecteur. Perso, j’use et j’abuse de cet artifice, consistant à t’interpeller, oui, toi, mais c’est un procédé très classique, genre
« Cher journal, à toi seul je confie ma peine » mais on se souviendra utilement du « Chère Kitty » du journal d’Anne Franck. On a les Mélanie (de Tours) qu’on peut. Également
emprunté au journal intime plutôt qu’à la presse : le « sans intermédiaire » dont parlait Paul. Un blog, tu écris, tu publies et tu ne rends de comptes à personne.
Etymologie oblige, à ses père et mère ci-dessus, le blog emprunte son inscription dans la temporalité,
les dates, la chronologie, la périodicité, qu’on trouvera aussi dans le journal de bord et le journal de voyage, auquel il pompera ses cartes postales.
Fortement contraint par ces modèles formels - et tout particulièrement celui de la presse - les blogs
m’apparaissent, dans leur contenu, comme plus ou moins influencés par l’un ou l’autre de ces modèles, mais ne s’en éloignant guère, d’autant que leur cadre technique s’en inspire très
largement.
Du coup, j’en viens à penser qu’un blog autant une expérience de
publication qu'une une expérience d’écriture. D’ailleurs, imagine-toi deux minutes tenir un journal intime, un vrai, un caché dans un endroit où tu serais
sur, mais alors là sûr, que personne ne trouverait à le lire. Perso, j’écrirais là ce que je n’ai jamais écrit ailleurs et qui ferait la joie de mon psy si j’en avais un, mais ça n’aurait sans
doute pas grand chose à voir avec ce que je publie ici. Non, n’insiste pas, c’est non.
Bon, alors juste un petit peu. Cette nuit, j’ai failli mourir. J’étais dans un rêve assez pénible et
brusquement, j’ai été physiquement envahi par une sensation de froid intense qui me gagnait rapidement en même temps que j’étais pressé, contraint, écrasé de tous les côté à la fois. Je me suis
senti mourir et dans un dernier sursaut, j’ai ouvert les yeux, j’ai vu la pâle lueur qui filtrait à travers les volets. Je m’y suis cramponné désespérément. Si je n’avais pas fait l’effort de
garder les yeux ouverts, je ne serais pas en train de rédiger cette note. Ça fait un peu chier parce que la dernière fois que j’ai rêvé que j’étais mort, c’était après, j’étais déjà de l’autre
côté et ma fois, c’était très bien. Une sorte de pique nique perpétuel. Au point d’ailleurs que j’en avais gardé une certaine sérénité, par rapport à mon décès. Mais là...
Mais si l’écriture trop intime n’a guère sa place sur les blogs, il en est de même pour ces nouvelles,
ces romans qu’il ne viendrait à l’idée de personne de proposer à la presse, mais plutôt à des éditeurs, numériques ou papier.
Pour conclure, oui, je crois qu’il y a bien un « style blog », qui s’alimente sans complexe
aucun, des qualités cumulées du journal de presse, du journal intime, et du journal de voyage, du carnet de croquis, de notes ou de bord, piochant ce qui lui plait quand ça lui chante dans cette
généalogie assumée et le faisant dans une liberté qui est loin d’être totale, comme en témoigne son respect de la langue, mais sans cesse conquise.
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