race à Br’1, je sors d’un fantastique voyage dans l’univers chatoyant des
verres à dents, autrement dit, d’une inoubliable traversée des 34 pages du catalogue en ligne Castorama, présentant 669 produits à sa rubrique « Articles de salle de bain ». Le lecteur soupçonneux décèlerait à tort quelque ironie dans
cette intro, ou je ne sais quelle crispation de mâchoire dans mon propos. Non non ! Sans parler de révélation ni de choc esthétique - faut quand
même pas pousser mémé dans le lavabo - j’étais loin d’imaginer une variété telle, que vous puissiez à coup sûr assortir votre salle d’eau à vos goûts, vos
inclinaisons vous pousserait-elles vers l’esthétique « bloc opératoire » ou à l’opposé jusqu'au « boudoir pompadour ». De plus, le site Casto étant plutôt bien fait et la
navigation pratique *, le voyage ne m’a pris que trois quart d’heure, il a - mais à peine - été un peu ralenti par la relative imprécision des critères proposés pour ma recherche par Br’1 dans
son commentaire : (...) Et que penses-tu des verres à dent, vases à balai de chiottes, porte savon, etc... tout carrés, en fausse pierre grenue? (vu ce
matin à Castorama) Mmmmhhh !
« Grenue » élimine par exemple la série « Dune » en
pierre de sable, mais lisse, et « fausse pierre » renvoie au vestiaire la série « Stone » authentiquement taillée dans de la caillasse. Mais je vous rassure, restent encore en
lice les modèles « Bocage », « Etna », et « Torrent ». Ah non, merde ! pas « Etna », sont ronds. Je vais vous les présenter, mais après avoir poussé sous
les projecteurs deux trouvailles ayant en moi spontanément déclanché un de ces incompréhensibles mouvements de sympathie, de ceux qui vous font ressortir de l’animalerie où vous étiez venu
acheter un petit n’importe quoi duveteux, avec sous le bras un alligator adulte aux grands yeux suppliants.
Mon premier est un tapis de baignoire looké sparadrap, qu’adoreront les
hypocondriaques ayant peur de déraper.
Mon deuxième est cette pince à chaussettes dont la FICHE TECHNIQUE - excusez
du peu, précise : Recharge de 40 pinces à chaussettes. Cette petite pince, toute en couleur, est d'une efficacité jamais égalée pour garder vos
chaussettes par paire. Son utilisation est super simple : pincez vos 2 chaussettes ensemble lorsque vous les mettez dans le panier à linge. Elles se laveront et se sécheront par 2. Autres
avantages : ces petites pinces vous seront aussi indispensables au bureau (attacher les documents...), à la maison (fermeture des sachets, loisirs créatifs....), au jardin (accrocher des
bâches...). Fini le tri interminable, fini les chaussettes perdues.
J’adore. J’adore imaginer ce confrère anonyme, ce rédacteur occasionnel ou
patenté, cet obscure dont le visage resté depuis dans l’ombre se trouvait, à ce moment là, éclairé par sa page écran encore vierge. Il est chargé de rédiger quelques lignes sur un truc dont ni
lui ni personne n’aurait pu auparavent imaginer qu’il puisse exister. Il a ouvert une fenêtre avec vue sur l’objet, une autre avec les explications du fabriquant et c’est parti : Recharge. Ça attaque fort. On rechercherait en vain dans les six cent soixante huit autres accessoires de salle de bain un distributeur ou une mitrailleuse que
cet amas globulaire de pinces aux coloris acidulés puisse recharger, mais vous avouerez que « recharge » pète quand même bien plus fort que « lot » ou « ensemble ».
Avec « recharge » vous voilà paré. Fini Indiana Jones à la recherche de la chaussette perdue. Tu dis ? Garder les chaussettes par paire reste un vrai souci ? Tu finis toujours par te retrouver en fin d’accrochage de lessive avec une ou deux chaussettes
dépareillées dont tu sais par avance que même en retournant tout le château, tu ne retrouverais pas l’autre ? Alors il est temps de lancer notre grand concours de fin d’été, celui des
solutions à l'embarras de la chaussette solitaire. Perso, j’en connais quatre. Enfin... Disons trois et la mienne. Tu peux n’acheter, pour chaque membre de la famille, qu’un
modèle toujours le même. Tu peux réserver dans la buanderie de l’aile Ouest une boîte, une panière, un bocal réservé aux chaussettes solitaires. Après son détour dans un univers parallèle, il est
assez probable que la chaussette perdue viendra là rejoindre l’autre. Faut être patient, parier sur l'instinct. C'est migrateur la chaussette, mais grégaire. Tu peux convaincre ton entourage que
porter des chaussettes dépareillées est du dernier chic. Enfin, tu peux faire comme moi : quand je les ôte (après avoir enlevé mes sandales) j’en retourne une dans l’autre, comme si j’allait
les ranger direct dans la commode louis XV de la suite royale de l’aile Est, mais je les jette alors d’un geste gracieux dans le bidon en plastique qui nous sert de... Pardon : dans la
panière marquetée, dorée à la feuille qui trône entre la baignoire en onyx et les vasques en marbre. Ainsi assemblées par paire, mes chaussettes vont pouvoir voyager ensemble de la panière au
lave linge, du lave linge au séchoir et du séchoir au tiroir. Tu dis ? Oui mais toi tu les repasses ? Ben voyons ! Tu crois que je vais gober ça ?
Mais revenons à notre rédacteur anonyme se creusant la tête pour trouver
quelque utilisation seconde à nos pinces à chaussettes. Les gens aiment détourner les objets. Tu dis ? Y compris les avions ? Passons. Ces
petites pinces vous seront aussi indispensables au bureau (attacher les documents...) Oui ! Je vous prédis un succès certain, surtout si
vous prenez la peine, avec le dernier mémo, d’attacher une chaussette avec la pince. Voila de quoi alimenter durablement les conversation autour de la machine à café. À la maison (fermeture des sachets, loisirs créatifs....) Pour la fermeture des sachets, oui, je vois à peu près, ces sachets qui baillent toute la journée, je
sais pas vous, mais perso ça me pousse au pieu. Mais « loisirs créatifs » me plonge dans des abîmes de réflexion. Se pourrait-il qu’à la vision des petites pinces, quelqu’un ait l’idée,
je sais pas moi, de s’en servir pour reproduire la Chapelle Sixtine ? ou dynamiter définitivement le concept même de collier de nouilles pour le remplacer par trois rangs de pinces à
chaussettes ? Non, cet avantage des loisirs créatifs me parait un peu tiré par les cheveux. Notre rédacteur laisserait-il transparaître une légère fatigue de fin de journée ? C’est ce
que semble indiquer ses quatre points de suspension au lieu des trois réglementaire, mais c’est surtout ce que confirme son dernier avantage ajouté : au jardin (accrocher des bâches...) Alors là, le portrait de notre collègue se précise. C’est un urbain. Il a grandit quittant un cube de béton pour un autre.
Pour lui, le poisson est un parallélépipède croustillant, les poulets naissent libres et égaux en droit sous cellophane. Il y a des gens, il parait, mais loin, on ne sait pas vraiment où
d’ailleurs, aux infos, qui vivent cernés par les arbres, vêtus de peaux de bêtes si ça se trouve. Ils ont des jardins, desquels ils tirent leur
subsistance, en broutant peut-être. Qu’est-ce qu’on peut bien foutre dans un jardin ? Oui, voilà : ils accrochent des bâches. Y’a un forum
qui en parlait. Enfin je crois. Ils se lèvent le matin au chant du toc et passent l’essentiel de leur pénible journée à accrocher des bâches. Ça va aller bien mieux avec les pinces. Faudrait
peut-être leur dire qu’elles ne sont pas comestibles ?
Et voilà ! Avec toutes ces conneries, je suis à la bourre pour les
verres à dents paléolithiques mais presque. La très mal nommée série « Bocage » ci-dessus a dû être conçue par, ou pour un entrepreneur de travaux public. Le porte-savon en grille
d’égout ne laisse aucun doute là-dessus. Si vous deviez vous servir du gobelet comme verre à dents, en partant de l’hypothèse que vous arriviez à le soulever, plus besoin de faire vos
pompes ! Le distributeur de savon liquide peut lui aussi, à l’usage, révéler des côtés pratiques, si vous aviez quelqu’un à tuer avant d’aller dormir, ou juste avant le petit déj’ ou si une
manifestation étudiante passait justement par votre salle d’eau et que vous ayez un pavé à lancer en direction des poulets, qui naissent tous libre et égaux en droit, mais sous
l’uniforme.
Sinon, y’a la série « Torrent » en gravier de rivière coulé dans
la résine, mais qui n’appellera de ma part à midi vingt-trois, alors que je suis sur cette putain de chronique depuis neuf heure et demie et que je
n'aurai fini de la relire qu'à treize heure vingt neuf, aucun commentaire particulier, si ce n’est qu’on dirait des prélèvements du fond de mon aquarium.
Je croise les dents pour qu'à la suite de cet article, Castorama
ne me sollicite pas, soit pour rédiger des fiches techniques, soit pour lui faire du bruit, sinon, je crois qu’une certaine commentatrice de Toulouse va m’entendre ! Tiens, justement,
puisque t’es là : c’était lequel au juste, le modèle que tu avais vu chez Casto ?
Jimidi
* on peut même signaler les articles sur Facemachin. et sur Twitruc. Que
d’enthousiasmants messages et gazouillis en perspective !
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