Livres/revues - Lectures

 

Le pépiement des femmes-frégates - Le carnet de Jimidi

 

 

Lettrine (Le pépiement des femmes-frégates) le carnet de

 

 

 

 

 

 

 

e pépiement des femmes-frégates », le roman de Paul Laurendeau, met en scène des créatures superbes : femmes à la peau noire aux ailes rouges, leurs congénères mâles, peau rouge et plumes noires (dimorphisme sexuel oblige) et une belle brochette de ressortissants du « bas-Kanada », puis du « Kébek », provinces de fiction très inspirées par celle où vit l'auteur. On imagine sans peine la fascination de Paul Laurendeau quand ces femmes frégates s'imposent à lui. On imagine également le processus d'accrétion concentrique qui s'en est suivi : les personnages, les personnages en situation, ces situations en supposant d'autres, la construction d'un environnement cohérent, son écologie, son cadre anthropologique, sa géographie, son histoire sur deux siècles, et finalement le roman.

 

Perso, un monde ressemblant au nôtre, dans lequel évolueraient des créatures humanoïdes ailées, n'ayant pas grand chose d'angélique, juste vêtues des couleurs de l'enfer, sexuellement compatibles avec les hommes-sans-ailes – ce que l'exogamie rend heureusement nécessaire - je suis client. Où est-ce qu'on signe ?

 

Je me demande quand même si ce n’est pas le langage, le personnage principal du roman. Mais si j’avais commencé mon article en vous disant ça, puis ajouté que Paul Laurendeau a été Professeur de linguistique au département d'Études françaises de l'Université York de Toronto pendant vingt et un ans, j’aurais vu certains d’entre vous cliquer frénétiquement partout pour échapper à ce qui va suivre. Trop tard. D’autant que le titre du roman, à lui seul, comporte un charme si puissant que vous ne devriez pas plus réussir à vous échapper de ce billet que du roman lui-même. Car vous allez le lire, c’est fatal, c’est écrit. Ce sera d’autant plus simple qu’il suffit de le télécharger pour trois francs six sous chez ELP.  

 

Comme l’explique très bien Paul Laurendeau dans un entretien, illustré, tiens donc ? par une photo « d’écrivains se prenant la tête », il ne s’agissait pas pour lui de trouver je ne sais quel emballage fictionnel pour dorer la pilule d’une thèse, non. Ses femmes-frégates, créatures humanoïdes ailées, il les a vues, en situation, bien avant que des scènes s’imposent à son imagination puis ne s’assemblent en un roman.

 

Perso, j’aime assez cette posture, puisque c’est la mienne. Il faut croire qu’elle affecte tous les auteurs de fiction nés en 58. Mais si je me sais tout à fait incapable d’écrire autrement, on sait Paul Laurendeau, lui, parfaitement à l’aise dans d’autres exercices stylistiques, parmi lesquels la rhétorique dévastatrice, ce qui me rend d’autant plus admiratif vis à vis de la liberté qu’il s’octroie dans la fiction.

 

C’est par son écriture que j’ai fait connaissance avec Paul Laurendeau, alias Ysengrimus. Cette écriture à la fois ahurissante de maîtrise et de liberté. Et c’est cette question du langage qui me vient en lisant « Le pépiement des femmes-frégates ». La langue que nous utilisons est celle des autres. Ils nous l’ont apprise pour communiquer avec eux. Mais ce bien culturel partagé est également un bien, oh combien personnel et intime !  Ce n’est pas les quelques psy égarés dans l’assistance qui me contrediront.

 

On retrouve bien sûr ces deux dimensions à l’oeuvre dans le « pépiement des femmes-frégates » et même si je ne suis pas du tout en mesure, par exemple, de faire la part entre joual vernaculaire, et le « joualon » du livre, possiblement adapté par l’auteur à partir de celui-ci pour faire parler certains de ses personnages, on s’en fout, parce que le résultat est tout à fait savoureux. D’ailleurs, en matière de langue on sera servi. Copieusement. Outre le « joualon » déjà cité, un rien d’« Ongliche » imbitable pour moi, on trouvera même un peu de morse, mais surtout, surtout, les extraordinaires tirades traduites du  pépiement lui-même et le non moins réjouissant français de narration, écrit en pur Laurendeau. N’ayant rien à prouver en terme de maîtrise, l’auteur ne se refuse rien en terme de liberté. Les adjectifs jaillissent par salves de trois ou quatre et la très bien nommée langue verte pointe ça et là avec fraîcheur.

 

Des regrets ? Vraiment, trois fois rien. On pourra trouver que personnages et auteur tardent un peu à gagner leur indépendance, l’un, l’oeil rivé sur le paysage historique, s’étant mis totalement au service des autres. Mais après une scène à base de marionnettes de chats, dont je ne vous dit que ça, leur relation est plus harmonieuse, l’auteur s’autorisant alors de belles envolées : 1910, Province de Kébek – Le paysage des rives de la rivière des Mille-Berges a bien changé, depuis l’époque héroïque de Kytych, d’Ikès-le-Truchement, du contremaître Sigouin et de la bûcheronne Claude LeJeune. Les différents Roys Voleurs de l’occupant, habituellement assez carrés de leurs personnes, ont été remplacés, entre 1837 et 1901, par la Reine Ronde. Sous les jupes impériales, internationales et froufroutantes de la Reine Ronde, les choses se sont faites tout en rondeur. Les berges de la rivière des Mille-Berges, de la rivière des Plaines et du fleuve Montespan ont été rondement déboisées. Des villages rondouillards s’y sont développés (...)

 

On pourra regretter aussi qu’une version audio ne soit pas, ou pas encore, disponible. J’en rêve. L’idée même de ce livre lu par l’auteur me fait frétiller les rémiges. Ceci dit, la version PDF, quoique très austère (ça n’aurait pas coûté bien plus cher de l’illustrer, si ?) est tout à fait agréable à lire à l’écran et j’allais regretter tout à fait inutilement de ne pouvoir disposer de deux pages en vis à vis, puisque c’est tout à fait possible grâce aux options d’affichage d’Adobe reader. Mais je viens seulement d’y penser. Je n’ai relevé (sans les chercher) que deux ou trois coquilles, et une césure qui frise l’acte manqué, page 397, ou l’Église-du-culte-inconnu se transforme miraculeusement en l’Église-du-cul, à la ligne, te-inconnu. Tu dis ? Tu l’as laissée intentionnellement celle-là ? Ça ne m’étonne pas de toi.

 

On aura donc compris tout le plaisir que j’ai eu à lire « Le pépiement des femmes-frégates ». Tiens ? Je crois bien que je vais le relire dans la foulée.

Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 20:42
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Tiens ? Je me laisse volontiers dire ne lire livres que prêtés, ou tombé des rayonnages poussés par les chats, mais voilà un contre-exemple. J’ai bel et bien acheté l’anthologie d’où est extrait « Ce qui ne va pas » le texte de Maurice Henry. Dans sa notule dominicale de culture domestique N°476 du 21 janvier 2011, Philippe Didion nous présente ainsi l’anthologie de la revue « BIZARRE » :

 

Lecture. Bizarre. Anthologie 1953-1968 (établie et commentée par Jean-Marie Lhôte, Berg International Editeurs; 674 p., 45 €).

                               Je suis né en 1960. La rondeur de la dizaine m'amène parfois à me demander ce que j'aurais vécu si j'étais né en 1940, 1950, 1970... Si j'étais né en 1950, j'aurais sans doute été encore trop jeune pour goûter tous les épisodes de Signé Furax mais j'aurais vu Le Gendarme de Saint-Tropez au cinéma, j'aurais acheté des 25 centimètres de Georges Brassens, j'aurais regardé Les Shadoks à la télévision et, j'en suis certain, je me serais abonné à la revue Bizarre. J'ai appris l'existence de celle-ci bien tard, en lisant les Nouveaux trucs et machins (Zulma, 2004) de Michel Laclos, qui en fut l'initiateur et le rédacteur en chef. 15 ans d'existence, 46 numéros dont certains atteignent aujourd'hui des prix coquets sur les marchés d'occasion. Autant dire que cette anthologie est une bénédiction. Elle n'a pas été confiée à n'importe qui : Jean-Marie Lhôte fit partie de l'équipe de Bizarre, on lui doit notamment l'intégralité d'un numéro consacré à "Shakespeare dans les tarots et autres lieux". Shakespeare et les tarots. C'est un bon raccourci des thèmes auxquels se consacrait Bizarre : de l'essentiel, du futile, de l'inattendu. Des auteurs auxquels, à l'époque, il n'était pas commun de s'attaquer : Gaston Leroux dès le premier numéro, Raymond Roussel, Boris Vian, André Frédérique... Des thèmes quasiment pré-oulipiens : le palindrome (en 1955), les fous littéraires (en 1956), l'art brut, le lettrisme... Des noms déjà connus ou qui ont fait du chemin depuis : Jean-Paul Clébert, François Caradec, Noël Arnaud, André Blavier, Francis Lacassin, Pascal Pia...Sans oublier la partie graphique : à époque où le dessin de presse est dominé par les Bellus, Kiraz et Faizant, Bizarre découvre, publie et soutient Topor, Siné, Chaval, et bien d'autres. Au fur et à mesure de ma lecture, je me suis aperçu que Bizarre avait rassemblé, au fil de ses numéros, la plupart des auteurs et des sujets auxquels je me suis intéressé pendant ces quinze dernières années dont j'ai vécu une bonne moitié sans connaître l'existence de la revue. En fait, si j'étais né en 1950, j'aurais peut-être gagné du temps.

                               Perle. Chaval, à propos de son oncle (n° 41, juin 1966) : "Il y avait chez lui du Léautaud en moins coquet". On voit le tableau. 

 

Sur le texte lui-même, disons que j’ai été frappé d’y retrouver des trucs et des machins me faisant penser tour à tour à Jean-Marc La Frenière, Xaba, Laure, mais également Wlouve et IdoT. Tu dis ? La plupart sont édités dans Scribulations ? Ah oui tiens... Il faut croire que tous écrivent de la poésie comme je l’aime, très inspirée par le quotidien. Il faut croire également que cette inspiration est contagieuse puisque il semble qu’elle ait contaminé jusqu’à mon scanner et son logiciel de reconnaissance de caractères (tu crois quand même pas que j’ai re-tapé tout ça à la main !) Il a substitué un double point d’exclamation à une lettre du titre. Je l’ai laissé faire. Il ne faut pas décourager les bonnes initiatives.


 

Ce-qui-ne-va-pas---Maurice-Henry---Le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

Il y a quelque chose qui ne va pas. Les femmes sont  pleines de brouillard. Mais j'aime le brouillard et surtout  le soleil dans le brouillard. Et la fumée de ma cigarette  qui zèbre le zig-zag de la chambre. Et dans la chambre,  le lit où la femme dort.

 

Mon chat se regarde dans le vide, se reconnaît et se  rassure. Moi je ne vois rien, que des objets dessinés en  relief et en couleurs. Je baille. Ces objets pourtant ont un  sens: le sens de l'orientation. A droite droite, en avant  marche marche. Repos. Je me couche et je dors. Et je  m'ennuie horizontalement. Je me lève, le coq fait tic-tac,  je lis en me rasant, je ne me coupe pas la figure, je coupe  les pages, c'est interminable, je tire la peau de ma joue de  la même façon qu'hier, demain je tiendrai mon rasoir  de la main gauche, et je me couperai la figure, ce sera  bien fait.

 

J'ai plusieurs paires de lunettes. Des lunettes pour  voir de près, des lunettes lourdes pour voir de loin, des  lunettes légères pour voir de loin, des lunettes fumées  pour voir de loin, des lunettes fumées pour voir de près  et de loin. Sans compter mes yeux qui me permettent de  voir toutes sortes de choses, qu'il y ait du soleil ou non.  Avec lunettes ou sans, je ne vois toutefois jamais très bien  ce qui se passe. Ce n'est pas une vie. Oui, il y a quelque  chose qui ne va pas.

 

Je prends l'autobus pour mon cœur, je traverse l'aorte  et m'y voilà. Il fait chaud. Je m'installe pour lire. Mais  je ne peux pas lire un livre plus de dix minutes, je suis  dérangé par les locataires qui viennent me demander du  feu, distrait par une porte qui claque du bec, attiré par  le chat qui se lisse la moustache. Et puis chaque mot en  appelle un autre qui n'a rien à voir avec ce que l'auteur a  voulu exprimer. Ainsi je lis, en surimpression sur le livre  que je tiens entre les mains, un autre livre, imaginaire  celui-là, et à chaque instant inachevé. Je jette le volume,  la brochure, l'ouvrage, je dévisse mon stylographe et j'écris. Qu'est-ce que j'écris? Ce qui me passe par la tête,  convaincu tout de suite que cela n'intéressera personne.  Je m'ennuie encore. Alors je dessine un rond et je mets  un autre rond au milieu. Cet œil me regarde et je  m'endors. Je rêve que je dessine un œil en faisant un jeu  de maux; il faudra voir un oculiste. Je suis dans une  petite pièce cubique, étendu horizontalement entre le  plafond et le plancher. Je suis la barre transversale d'un  H dont les barres verticales sont figurées par deux piles  d'assiettes anglaises. Un filet de mayonnaise me coule sur  le visage et j'ai de vives douleurs aux orteils, comprimés  dans des tubes d'aspirine. Il serait peut-être préférable  que je me remette à lire le traité d'ophtalmologie que  j'avais abandonné. Je ne comprends malheureusement  rien à ces pages dont le ton insupportablement suffisant  me donne l'envie d'envoyer à leur auteur une lettre  d'injures.

 

« Cher Monsieur... »

 

Je m'arrête aussitôt. La formule ne me paraît pas  assez tranchante, et je range dans un dossier la feuille de  papier qui pourra servir plus tard. Il ne me reste plus  qu'à faire quelques autres rêves sans importance et dont  je ne prendrai même pas la peine de me souvenir. Il est  déjà l'heure de se lever. Je saute à bas de mon lit, ça fait  « plouf », par bonheur j'ai songé à retenir mon souffle,  et je fais la planche. Quelques minutes plus tard je suis  meuble dans une épicerie. Je n'aurais pas dû lire en me  rasant, c'est bien fait.

 

Maurice HENRY.

 

Mannequin-1938---Maurice-Henry---Le-carnet-de-Jimidi.jpg


 

 

Maurice Henry, né à Cambrai (Nord) le 29 décembre 1907 et mort à Milan (Lombardie) le 21 octobre 1984, est un poète, peintre, dessinateur et cinéaste français.


En 1926, Maurice Henry, rencontre René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte, Roger Vailland qui forment une espèce de société initiatique appelée les « Phrères simplistes ». Ils fondent ensemble la revue Le Grand Jeu, qui devient l'expression du groupe du même nom. Maurice Henry y publie des textes, des poèmes et des dessins et présente au groupe le dessinateur et photographe Artür Harfaux. Parallèlement, il fait ses débuts de journaliste au Petit Journal.


En 1933, il quitte le Grand Jeu pour rejoindre le groupe surréaliste d'André Breton et collabore à la revue le Surréalisme au service de la révolution. Lors de l'exposition consacrée aux objets surréalistes, à la galerie Charles Ratton (Paris, 1936), il expose son Hommage à Paganini, petit violon entouré d'une bande Velpeau.


De 1939 à 1951, Henry et Harfaux se consacrent au cinéma sous le nom des « Gagmen associés » et participent comme gagmen ou scénaristes à une vingtaine de films, parmi lesquels Madame et le mort de Louis Daquin, 120 rue de la Gare, d'après Léo Malet, Coup de tête, Les Aventures des Pieds-Nickelés, Bibi Fricotin, Au petit bonheur et L'Honorable Catherine de Marcel L'Herbier.


Entre 1930 et l'année de sa mort, Maurice Henry aurait produit près de 25 000 dessins publiés dans 150 journaux et une douzaine d'albums. Dans les dernières années de vie, Maurice Henry s'est consacré à la peinture, la sculpture et aux collages.


Jacques Prévert a dit de lui : « Maurice Henry jette à sa manière la panique dans le Cérémonial. »

D’après l’article de Wikipédia

 

Illustration : un mannequin réalisé par Maurice Henry pour une expo surréaliste en 1938.

 

 

 

 

 

 

 

 

Samedi 17 septembre 2011 6 17 /09 /Sep /2011 11:30
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arnaldur Indriason - Hypothermie - Couverture - Le carnet d

 

 


Lettrine--L-polar-islandais--Le-carnet-de-Jimidi.jpgire un polar Islandais titré « Hypothermie », par ces temps de canicule, voilà qui ressemble à une bonne idée, non ? Perso, je n'ai pas eu le choix : on me l'a prêté. La collègue m'avait prévenu : « Ça casse un peu l'ambiance. » Bon. Elle me le passe un mardi, à lui rendre vendredi matin. 300 pages en deux soirées, j'ai déjà fait pire.

 

Le lecteur attentif de cet ici blog se rappellera sans doute que peu avant, j'ai lu « Dôme » de Stephen King et sans comparer avec Hypothermie, c'est quand même encore imprégné de l'un que j'ai lu l'autre. Je n'allais quand même pas repasser par Oui-oui à la plage, ni par Katerine Pancol, autrement dit par le degré zéro de l'écriture, pour gérer la transition ! C'est peu dire qu'à côté de Stephen King l'écriture de Arnaldur Indridason est linéaire. Stephen King place l'événement au centre, puis il explore en étoile la réaction de ses nombreux personnages. Dans « Hypothermie », on suit pas à pas l'enquête d'Erlendur, policier, mais l'impression d'extrême horizontalité ne tient pas seulement à la linéarité de l'enquête, elle doit beaucoup à l'écriture elle-même. N'ayant pas la chance de lire l'islandais dans le texte, j'ai dû me contenter de la traduction et il est possible que celle-ci « écrase » encore un peu plus l'absolu manque de relief du style de départ. Attention, je ne suis pas en train de vous dire que je me suis ennuyé, juste qu'on est tout le long dans le strict registre des faits. Il y a aussi peu d'aspects psychologiques que dans un bon vieux rapport de police. C'est compréhensible s'agissant d'une enquête, mais l'effet produit est assez étrange s'agissant de ce qui nous est par exemple dit de la vie privée d'Erlendur. On comprendra à un moment que sa fille- largement adulte – est en colère puisqu'elle part en claquant la porte et il arrive à certains personnages d'être au bord de la crise de nerf puisqu'ils rallument une cigarette alors qu'il viennent d'écraser la précédente. En matière d'exploration des affects, on devra s'en tenir là.

 

Du coup, je me demande si cette platitude, parfaitement maîtrisée et assumée, ne participe pas du succès de cet auteur auprès d’un assez large public ? D'autres ficelles bien solides permettent aux lecteurs – pourtant peu susceptibles de s'égarer – de progresser en ligne droite dans ce roman. La première tient aux nom des personnages, tellement islandais qu'on ne cours guère le risque de les confondre les uns avec les autres. On les croirait tous sortis du Seigneur des Anneaux. On apprendra d'ailleurs au passage que les Islandais n'ont pas de nom de famille. Quand on veut distinguer deux « Gérard » entre eux, on ajoute « Gérard, fils de Marcel ». L'autre ficelle, tout à fait inutile pour qui ne dispose que de deux soirées pour avaler l'opus, mais sympa pour une lecture de vacance, consiste pour l'auteur à rappeler brièvement toutes les trente pages ce qui s'est passé jusque là.

Outre cette histoire de nom, les ouvertures sur la culture islandaise sont maigres, mais plutôt sympathiques. C'est par exemple la réponse spontanée de tous ceux à qui le policier s'adresse : « C'est pas vos oignons. » Certes, il passe outre, mais on sent bien que dans cette fiction là au moins, la traditions policière et les droits individuels ne sont pas tout à fait les même là bas que sous le régime Sarkosiste. Sinon, ils mangent des saucisses marinées dans la saumure, dont la seule évocation laisse une impression pénible.

 

Reste quand même ce qui m'a paru relever de l'invraisemblance. Retrouvant trente ans après un témoin qui avait échappé à l'enquête à l'époque pour cause de départ à l'étranger, mais revenu opportunément pour être présent au moment où l'enquête actuelle en avait besoin page 110,  celui-ci se souvient très bien de la conversation qu'il avait eu avec un jeune homme disparu, ce qui permettra au policier de faire un nouveau petit pas en avant et nous avec. Ben voyons ! Ces facilités chronologiques sont nombreuses. On a du mal à croire que trente ans après, tout le monde soit encore vivant, frais et dispo pour témoigner.

 

Sinon l'intrigue principale est bien menée. Elle se tricote agréablement avec une ou deux intrigues secondaires et avec certains aspects de la vie privée du vieux flic, qui me paraît bien parti pour n'être à la retraite qu'à 110 ans.

 

Vous aurez donc compris qu'entre Oui-Oui à la plage, Katherine Pancol et Hypothermie de Arnaldur Indridason, vous choisierez comme moi le dernier, sans hésiter.

 

Jeudi 7 juillet 2011 4 07 /07 /Juil /2011 00:00
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Dôme - Stephen King - couverture française des deux tomes

 

Bon sang, que ça fait du bien de lire un écrivain au mieux de sa forme ! Avec Dôme, Stephen King semble renouer avec sa veine SF, du moins pour son point de départ : ce jour là, brutalement, la petite ville de Chester’s Mill se trouve mise sous cloche par un « champ de force » étanche, interdisant à qui que ce soit et quoi que ce soit d’y entrer ou d’en sortir. On pourra trouver que cette situation de départ fleure bon les années soixante dix : c’est le cas. Dans la « Note de l’auteur » qui clos l’ouvrage, Stephen King nous avoue avoir une première fois essayé d’écrire ce livre en 1976, pour y renoncer et le reprendre en 2007. Des villes sous dôme, on en trouverait sans trop chercher dans beaucoup de récits « d’anticipation », qu’il s’agisse de coloniser des environnement hostile, de transporter sur des arches de Noé stellaire des civilisations ou de se mettre à l’abri, sur Terre, d’un extérieur devenu invivable. Dans les meilleurs de ces récits, ce qui intéresse l’auteur, ce sont les conséquences de cette autarcie sur la population. Nous sommes fait pour vivre ensemble, certes, mais supporterions nous d’y être obligés, et à quelles conditions ? Mille deux cent pages plus tard, on aura une réponse.

 

On retrouve dans cet épais roman beaucoup d’ingrédients dont on sait Stephen King (et ses lecteurs) friand :

 

- Le huis clos - Ah ben là, pour être clos, c’est clos ma pauvre Germaine. La lumière passe, internet et les téléphone mobile également et le dôme autorise certains échanges gazeux (ce qui aura une certaine importance) mais sinon, rien, nada, c’est le blocus. J’ai été un peu surpris que les habitants de Chester’s Mill soient quasi tous munis chez eux d’un générateur électrique au propane. Stephen King nous présente ça comme une banalité, liée aux livraisons erratiques de la compagnie d’électricité du coin - privée - ce qui parait un peu étrange au lecteur abreuvé d’électricité nucléaire par EDF. On pourra également se demander d’où vient l’eau potable, dont les reclus ne semblent pas manquer et où vont leurs eaux usées et bref, pourquoi personne ne pense à creuser plutôt que d’envoyer des missiles, mais encore une fois, ce ne sont pas les questions techniques qui intéressent le plus l’auteur. Il avoue d’ailleurs qu’elle les avaient débordé lors de sa première tentative d’écriture, et qu’il a fait appel à un ami pour gérer celles-ci cette fois.

 

Les gens ordinaires - Ce qui intéresse vraiment l’auteur, c’est les gens et plus particulièrement la question de savoir comment vous et moi nous comporterions dans une situation extrême. La réponse de Stephen King est à la fois toujours la même, mais toujours différente puisque les situations et les personnages changent. Mais en gros, les situations créées par l’auteur révèlent le pire et le meilleur. Entre les deux, on a, dans les ouvrages de S.K., une espérance de vie assez limitée.

 

Les petites villes - Comme dans d’autres histoires de S. K., celle-ci est circonscrite (forcément) à la ville elle-même, à la communauté qu’elle forme et dans laquelle on trouve tout ce qu’il faut de salauds, de braves gens et de victimes innocentes pour alimenter l’économie interne du récit. A cette unité de lieu, l’auteur ajoute une unité d’action puisque tout se déroule en une semaine.

 

L’auteur tout puissant - Stephen King, quand il écrit, assume une position devenue assez classique chez lui, consistant à écrire pour partie « de l’intérieur » de ses personnages, dont on entend volontiers les pensées - y compris d’un chien - mais également d’un « extérieur » assez détaché, genre « Il leur restait quarante secondes à vivre. » Ne croyez pas que j’invente, c’est page 18. D'ailleurs, ce point de vue très détaché participe de l'intrigue, c'est con que je ne puisse pas vous dire comment sans tout dévoiler, mais vous comprendrez que la métaphore de la fourmilière sert beaucoup.

Sans dévoiler la fin de l’histoire, sachez quand même que très peu en sortiront indemnes. Les méchants meurent, c’est quand même bien le moins, mais pas mal de gentils aussi. Finalement, les figures qui apparaissent sous un jour le plus positif sont : l’armée, ceux n’ayant pas oublié le bien commun au profit de leur petite personne ou d’une action strictement individuelle, quelques gamins porteur d’espoir. Tout le reste ira brûler en enfer, à commencer par les élus et la police locale.

 

Dôme - Stephen King - dessin original de la couverture US

 

Vendredi 1 juillet 2011 5 01 /07 /Juil /2011 18:13
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Barbara-par-Jacques-Tourner---couverture-du-livre-Chansons-.jpg
 
Parfois, même privée de son contexte, une phrase éclaire d’un jour nouveau beaucoup plus loin que la seule portée de ses phares.  C’est le cas de celle-ci, tirée de « Barbara », dans la collection « Chansons d’aujourd’hui » paru chez Seghers en 1968.
 
 
 
 
De la même façon, dans les voyages nocturnes qu'ils font naître, les poètes posent parfois la main sur le volant de leurs machines, et les paysages surgissent et meurent à la vitesse des chemins inventés, comme les images d'un songe auquel s'abandonne, à leur côté, un lecteur endormi.
 
 
Jacques Tournier
 
 
Jacques Tournier, né le 21 juin 1922 à Toulon, est un écrivain et traducteur français plus connu sous son pseudonyme de Dominique Saint-Alban. Auteur du feuilleton radiophonique, puis télévisé Noëlle aux quatre vents, Jacques Tournier est un passionné de littérature américaine. Il a écrit la biographie de Carson McCullers, traduit la correspondance de Truman Capote. Ses livres, Des Persiennes vert perroquet (1998), Le Dernier des Mozart (2000) , À l'intérieur du chien (2002), Des Amants singuliers (2007), Zelda (2008), ont un réel succès dans le monde des lettres. Jacques Tournier a traduit en français les deux romans de Francis Scott Fitzgerald. (Wikipedia)
 
Mardi 28 juin 2011 2 28 /06 /Juin /2011 20:59
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SO-FOOT---couverture-du-hors-serie-special-cinq-ans.jpg  

 

Lettrine (L couvertures SO FOOT)

 

 

 

es enfants passent, restent une nuit ou deux et s’en vont, laissant derrière eux, comme après d’autres phénomènes naturels - inondations, marées - des alluvions : vêtements, billets de train, magazine de foot.

 

C’est peu dire que je n’avais pas eu l’occasion jusque-là de lire un magazine de foot. Parce que déjà, le sport et moi... et les sports collectifs, en plus... Bref, je peux reprendre à mon compte le mot de Winston Churchill : « Le sport ? C’est le secret de ma forme : je n’en fais jamais. » De plus, je ne sais pas si comme moi tu as déjà eu l’occasion d’assister à des discussions entre fans de foot, mais elles m’ont toujours paru présenter deux aspects entre lesquels j’ai du mal à faire le lien : le débordement d’émotions primaires d’un côté et la technicité jargonnante du discours de l’autre. Hooligans contre commentateurs. Entre les deux, jusque là : rien, à part une pelouse sur laquelle vingt deux types en pyjama se disputent une baballe, tout le monde ayant semble-t-il oublié qu’il s’agit d’un jeu avant d’être un sport avant d’être un spectacle, avant d’être un secteur économique, avant d’être un cirque médiatique.

 

La couverture du numéro 86 de « SO FOOT » présente à première vue ces deux aspects contradictoires. On y voit un joueur le visage crispé, hurlant, poing levé. Titre : Materazzi dit tout. Sous titre : L’ennemi public N°1 des français s’explique enfin. Très tabloïde donc. Mais le format, le papier, l’épaisseur, l’évidente qualité d’impression de la revue démentent immédiatement le côté putassier. Il s’agit donc d’une « belle » revue, dont les qualités graphiques ne se démentent pas au fil de ses 100 pages. Format généreux de 23x30cm, nombreuses illustrations, maquette imaginative, bref, un visuel propre sans être triste, dynamique sans être hystérique, moderne sans taper dans le manga : sympa.

 

Mais je pense qu’un lecteur non francophone pourrait passer complètement à côté de la véritable originalité de SO FOOT puisque c’est dans son rédactionnel que réside le très grand intérêt de cette revue.

 

Et alors là, ça déménage. On retrouve (j’allais dire : « Enfin ! ») la dimension ludique. Je laisserai à d’autre le soin d’apprécier l’intérêt footballistique du contenu, mais du seul point de vue du style c’est carrément marrant. Du coup, j’imagine sans problème un fan de foot, un vrai, trouver dans SO FOOT à la fois de quoi nourrir sa passion tout en se marrant.

 

Exemples de questions posées à l’occasion d’interview express de trois joueurs :

·       Au moment de tuer le héros, pourquoi le méchant raconte-t-il toujours sa vie ?

·       Les vendeuses de Cuir Center profitent-elles de la promotion canapé ?

·       A ton avis, c’est quoi le dress code aux soirées bonga-bonga ?

·       Où dorment les trains ?

·       S’il n’y avait pas eu la seconde guerre mondiale, ils passeraient quoi, sur Arte ?

 

Ce qui permet de constater que les joueurs en question ne manquent pas d’humour non plus, puisqu’à la question : « Une voyante a affirmé chez Morandini qu’elle lisait l’avenir dans le sexe des hommes. Tu penses qu’elle te prédirait quoi ? » Le joueur interviewé a répondu : « Une longue carrière. »

 

Coup de chapeau également au rédacteur des légendes. Vu le nombre de photos, ça doit l’occuper à plein temps.

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De l’humour à haute dose, de l’inattendu, y compris dans les sujets (quelle idée, d'aller interviewer Christophe ?) on aura compris que SO FOOT peu intéresser bien plus et bien mieux que de fan de base. Si par hasard l’un de vos gamins le laisse traîner derrière lui : plongez. Vous retrouverez là-dedans ce qui fait par exemple le charme des blogs, toutes tendances confondues : un vrai travail d’écriture sans pour autant se prendre au sérieux.

 

La biographie non autorisée de...

MARCO MATERAZZI

Par Stéphane MOROT

(SO FOOT N°86 - page 98)

 

Marco Materazzi naît le 19 août 1973 à Lecce. Dès l'âge de quatre ans, comme tout le monde, il se lance dans la production de bauxite. Le jeune Marco connaît sa première expulsion six ans plus tard, au cours de l'année 1983, en pleine cantine, alors qu'il tente d'étouffer un camarade de classe avec du céleri rémoulade. À 11 ans, il fait du vélo sans pédaler. À 12, il se rend compte que son vélo est un Solex. C'est au début du mois d'octobre 1986 qu'il insulte son professeur de musique qui lui conseillait simplement de mettre les doigts "comme ça" sur sa flûte. Le 2 juin 1988, il réalise qu'il porte le même prénom que Simone, mais aussi que Ferreri ou presque, mais qu'il est déjà trop tard. Un soir de pluie et de brouillard de début 1992, il salue comme il se doit la visite du Premier ministre chinois Li Peng avant d'avaler un grand bol de soupe aux vermicelles, comme pour mieux oublier l'incohérence puritaine d'une vie incertaine balancée entre les Pouilles et le contre. Bref, il se cherche. On ne sait toujours pas pourquoi, mais le football va alors lui tendre les bras.

 

En 1995, Matrix est recruté par Pérouse. Direct. Il en profite pour se cultiver. Et vas-y que je te visite des cathédrales (gothiques), que je te rentre dans des églises (gothiques), que je t'écoute de la musique (gothique), que je te tripote des nénettes (gothiques) dans le noir et que je te lis des romans (gothiques). Le 2 février de cette même année, il déclare au magazine érotique Finger in the nose : "Si je prends un jour un coup de boule, j'aimerais autant ne pas le recevoir dans le nez, hihihil" Le lendemain, il achète un moulin à poivre à l'effigie de Craig Bellamy. Incorrigible, il se fait virer le 1er février 1998 d'un magasin de fruits et légumes tandis qu'il insulte un vendeur qui tient absolument à lui vendre 27 courgettes.

 

 

L'année suivante (MCMXCIX), Materazzi apprend avec stupeur le décès du rappeur américain Big L, et opte dans la foulée pour une série de 150 pompes le nez dans la moquette. En 2001, Marco se barre à l'Inter Milan pour tout casser. Et le fait est qu'il se donne à fond, le rude. Il joue l'Europe et tâte de la sélection nationale. Il marque, provoque, se blesse, se fait tatouer un gypaète barbu sur les fesses, marque, provoque, se blesse, étudie les manifestations biologiques liées à la fragilité du thorax, boit de la grenadine avec une paille, marque, provoque, se blesse, dépouille les honnêtes gens, marque, provoque, se blesse, se fait tatouer des ailes dans le dos, marque, se blesse, branche des prises antimoustiques au pyrèthre végétal, se fait tatouer des plumes sur le coude, marque, provoque, se blesse, plonge pour un rien, se fait tatouer une nouille au gruyère sur le pubis, reprise, marque, provoque, se blesse, revoit à la hausse, se fait tatouer une cocotte-minute dans le cou, marque, provoque, se blesse, cultive des grenouilles au fond d'un tiroir, se fait tatouer la pochette du premier 45 tours de Philippe Lavil sur l'avant-bras, marque, provoque, se blesse.

 

 

Le 9 juillet 2006 se produit l'insensé : Marco Materazzi participe à la finale de la coupe du monde de football qui oppose la France à l'Italie et propose à Zinédine Zidane de réaliser une figure inédite à ce niveau de la compétition.

 

 

Depuis, rien n'a changé.

 

S. M.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Samedi 18 juin 2011 6 18 /06 /Juin /2011 13:03
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Bon ben voilà ; les mêmes causes entraînant les mêmes effets, je me suis endormi hier à la même heure qu’avant hier, vers 2h30 du matin, en totale contradiction avec mon règlement intérieur, qui stipule qu’avant minuit c’est pas l’heure, mais qu’après, ça ne l’est plus. C’est ainsi depuis longtemps : j’ai les mêmes horaires que Cendrillon. La citrouille en moins. Quoique parfois, quand tu me prends la tête...

 

Mais pourquoi, POURQUOI      ? te demandes tu, cher lecteur dont la moitié supérieure est une femme. Pourquoi s’endormir si tard plutôt que violoncelle ? C’est la faute à Stephen. J’ai plongé dans « Le dôme », le dernier opus de S. King, et me voilà : poches sous les yeux, bâillements incoercibles, totalement naze.  Il faut dire que souvent, dans la nuit de dimanche à lundi, je dors mal. Les lundis ont-il encore pour moi quelque chose d’une « rentrée » plutôt que d’une reprise ? Aucune idée, mais c’est ainsi. J’avais donc décidé de soigner le mal par le mal, me disant qu’en lisant, tôt ou tard le sommeil viendrait, et qu’en attendant, j’occuperais utilement mon temps. Ça a fini par fonctionner, mais à l’heure indue qu’on sait.

 

Mais le lendemain ? Le lendemain j’ai continué ma lecture, et comme celle-ci était bien prenante comme j’aime, j’ai pas pu lâcher avant d’avoir fini le livre. Bref, je me suis fait les 629 pages en deux soirées. Mais comme ce n’est que le premier tome, il est à craindre que les symptômes persistes...

 

« Le dôme » ? Bah, l’histoire se présente comme assez simple. Un beau jour, soudain brusquement tout d’un coup, un dôme invisible mais infranchissable met une petite ville du Maine sous cloche. Dès lors, soit on est dedans, soit on est dehors, mais plus personne n'entre ni ne sort. Tu te demande sans doute d’où vient ce dôme et ce qu’il fait là, mais pour le moment, rien ne l’explique et on sent que ce n’est pas ce côté « science fiction » qui intéresse le plus l’auteur. Non, ce qu’il aime Stephen King (entre autre) c’est les huis clos. On s’en était déjà aperçu avec « Brume », cette histoire de gens coincés dans un supermarché, avec des monstres dehors. Mais le huit clos, c’est aussi « La ligne verte » qui se déroule pour l’essentiel dans le lieu clos du quartier des condamnés à mort d’une taule. C’est  « Misery », on pourrait également se demander si la forêt de « La petite fille qui aimait Tom Gordon » ne donne pas à ce récit une dimension de huis clos et bref, on trouve cette idée de cohabitation forcée un peu partout chez cet auteur. Là, comme dirait un chanteur trop tard disparu, c’est clos clos. Le confinement est à l’échelle d’une petite ville, mais il est total. C’est bien sûr les conséquences de cette situation extrême qu’explore avec minutie l’auteur, avec cette idée qu’on retrouve également souvent chez S. King : les situations extrêmes poussent les gens au meilleur et au pire. Pour ce qui est du pire, on est assez vite servi. Les deux premiers morts sont page 18 et page 20 on en est déjà à trois. Reste la bien intéressante question de savoir si toi, moi, tout le monde, confronté à la pression d’une situation extraordinaire, se révèlerait plus ange que démon, ou l’inverse. Encore que pour toi, toi et toi, la question soit un peu rhétorique, vu que vous êtes déjà infernaux.

 

Fidèle à sa technique, S. King s’attache tour à tour à nous raconter l’évolution de quasiment tous les habitants enfermés et détaille avec minutie leurs interactions. Comme souvent avec lui, on assiste ou on participe aux mêmes choses, mais avec les points de vue de différents personnages. Je ne surprendrais personne en disant que c’est tout à fait passionnant. Je ne sais pas encore comment tout ça va mal finir, sans doute dans une apocalypse locale dont seule quelques justes sortiront vivants. Le tome deux me dira bientôt si je me suis trompé ou pas dans ce pronostic.

 

Je me suis demandé, à la lecture, si S. King ne s’était pas aidé d’un logiciel (ou d’une armée d’assistants, ça revient au même) pour gérer les déplacements et les interactions de la petite soixantaine de personnages qu’il met en scène. Je ne serais pas surpris qu’il l’ait fait, mais à juste titre : ça fonctionne du feu de Dieu !

Mardi 24 mai 2011 2 24 /05 /Mai /2011 12:49
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Dimanche 17 avril 2011 7 17 /04 /Avr /2011 13:33
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... SI JE N'AVAIS PAS RESSENTI, TRÈS JEUNE, LE BESOIN D'ÉCHAPPER AU CARCAN RIGIDE ET TRADITIONNEL DE LA BOURGEOISIE TUNISOISE dans lequel je suis née. Ma mère, personnage à la fois autoritaire et fascinant, y régnait en maîtresse femme, dominant toute la famille, à cheval sur l'étiquette, l'éducation et les bonnes manières à inculquer à une jeune fille bien née. Je devais connaître les meilleures recettes de tagine, maîtriser l'art du repassage, du jardinage, des réceptions. Mais je devais aussi être première de ma classe. Pour avoir présenté un jour un carnet de notes exécrable, j'ai été exclue de la table familiale et totalement ignorée par ma mère jusqu'au carnet suivant. Inutile de vous dire que j'étais à nouveau la première ! Mon père, lui, était un intellectuel paisible et plutôt rêveur, né à Jakarta d'une mère indonésienne et d'un père tunisien banni de son pays pour avoir pourfendu les injustices créées par la colonisation et le régime du protectorat. Je suis donc une métèque ! Mais à l'éducation ancrée dans le milieu tunisois le plus conformiste. Et mon rêve était de le fuir.

 

Le Monde Magazine / Une petite fille révoltée ?

Souhayr Belhassen / Non. Je suis une révoltée de l'âge adulte. Enfant, j'étais gentille, obéissante, conforme à ce que l'on attendait de moi. Me confronter à ma mère était strictement impossible. Alors je négociais les tournants, en petite fille bien élevée. Mais la résistance était intérieure. Et je rêvais à une autre vie, qui passerait forcément par les livres, les études, un travail. J'étais sûre que si on veut quelque chose suffisamment fort, on l'obtient. Je me suis construite autour de cette idée.

 

Cette mère qui vous muselait vous enseignait néanmoins le chemin du féminisme.

S. B. / À son insu. Je rejetais son autoritarisme, mais par son ascendant sur les hommes de la famille, à qui le pouvoir revenait pourtant de droit. Elle me montrait l'exemple d'une femme non soumise. Et puis j'ai eu cette chance d'appartenir à la génération des Tunisiennes qui, après avoir vu leurs aînées abandonner peu à peu le voile, ont vécu la généralisation de l'éducation aux filles et aux garçons, imposée par Bourguiba. Ça nous a donné à toutes un élan extraordinaire.

 

Pourquoi vous tourner vers le journalisme ?

S. B. / Je me suis d'abord dégagée de la puissance maternelle en me mariant. Je suis tombée amoureuse et j'ai choisi pour époux quelqu'un qui n'était ni aristocrate ni grand bourgeois, ce qui ne pouvait que déplaire à ma mère. Mais là encore, il n'y eut pas de confrontation directe, j'avais appris le sens politique, et pris le temps qu'il fallait pour qu'elle digère... Quant au journalisme, ce fut d'abord pour moi un outil de connaissance fabuleux. Tout de suite, j'ai été passionnée. D'autant que la guerre des Six-Jours, en 1967, et ce qu'elle a généré dans le pays - en mettant à mal la laïcité, en développant crispations et rancœurs, en détruisant la diversité culturelle tunisienne - m'ont bouleversée. J'ai découvert avec stupéfaction des pogroms à Tunis contre les juifs qui étaient nos amis, nos voisins, nos proches. J'ai ressenti un tel sentiment d'injustice et de révolte que le journalisme m'est apparu aussi comme un lieu d'engagement et un outil de combat pour les libertés.

 

Le journalisme plutôt que le militantisme politique ?

S. B. / Je n'ai jamais appartenu à un parti, même si j'avais des amis au Parti communiste. Je ne pouvais pas supporter l'idée qu'on m'impose un chemin. D'ailleurs, je ne rentre pas dans les institutions. Le pouvoir ne m'intéresse pas. En revanche, je suis avide de connaissances. Et c'est pour les approfondir que j'ai pris un jour mes deux filles sous le bras et que je suis partie faire Sciences Po à Paris avant de revenir à Tunis plonger, comme journaliste à Reuters et correspondante de Jeune Afrique, au cœur de la politique tunisienne. Prisonniers politiques, montée de l'islamisme, atteintes aux droits des femmes, injustices de toutes sortes... J'étais aux premières loges, je savais mon rôle crucial : enquêter, dénoncer, mobiliser. Il n'y avait que le journalisme pour pouvoir contrer un pouvoir qui ne laissait à l'opposition aucun espace. Et il faut utiliser toutes les armes pour défendre des valeurs et des convictions. Quand s'est créée la Ligue tunisienne des droits de l'homme, je l'ai rejointe tout naturellement.

 

Ce n'est pas un article mais une pétition qui vous obligea un jour à prendre la route de l'exil.

S. B. / Oui, un texte signé de 101 Tunisiennes, pour dire leur solidarité avec les Algériennes en proie à la violence de l'intégrisme musulman et refuser de servir d'alibi au régime tunisien. La réaction a été immédiate et je n'ai eu qu'un choix : quitter la Tunisie ou aller en prison. Je suis partie à Paris. Au bout de cinq ans, je suis revenue pour lancer un magazine culturel de télévision. Je rêvais d'un Télérama local en souhaitant éviter tout affrontement direct avec le pouvoir. J'ai hypothéqué ma maison pour obtenir un prêt bancaire, engrangé de la publicité. Hélas ! Il a suffi que je publie deux pages sur un documentaire de France 2 consacré à Bourguiba pour m'attirer les foudres de Ben Ali. Interdiction fut faite aux annonceurs d'acheter de la publicité à « cette pute d'Indonésienne ». Mon journal a été asphyxié. J'ai dû vendre ma maison.

 

Devenue vice-présidente de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, en 2000, vous allez pourtant affronter plus franchement le régime.

S. B. / Tous les droits en Tunisie étaient bafoués : d'expression, de circulation, de manifestation. La corruption était partout, l'oppression totale. Mais quand on allait dénoncer en Europe, aux Etats-Unis, aux Nations unies, ce régime répressif, tortionnaire et dictatorial, nos interlocuteurs s'écriaient : « Mais enfin, c'est un rempart contre les islamistes ! » Ou bien : « Quelle formidable réussite économique ! » On ne nous prenait pas pour un peuple majeur, digne de vivre la démocratie. Et cela nous donnait encore plus de détermination pour nous battre à l'intérieur. Mais c'était difficile. J'ai été giflée, battue, humiliée, arrêtée. J'étais constamment suivie, surveillée, écoutée. Rien ne nous protégeait.

 

Qu'est-ce qui fut le plus difficile à supporter dans cette vie de militante ?

S. B. / D'avoir des amis qui me lâchent. C'est la seule vraie souffrance. Le reste, le matériel, on se débrouille. On se relève. Mais la désertion de proches avec lesquels on croyait avoir noué des liens très forts d'amitié et de solidarité est quelque chose qui fragilise terriblement et manque de vous détruire. À moins que cela vous rende encore plus radical !

 

Comment vivez-vous la révolution en cours ?

S. B. / C'est un moment extraordinaire que peu de peuples ont la chance de vivre. L'histoire avec un grand H. D'en avoir été une petite actrice et désormais l'une des multiples bénéficiaires est tout simplement magique. Ça valait le coup de se rebeller, de se battre, de souffrir. Comme ça valait le coup ! C'est l'accomplissement d'une vie. Et ça donne des ailes pour rêver et construire. Mais je me dis aussi : maintenant, je peux mourir. Et ce n'est pas morbide.

 

Le Monde Magazine du 26 février 2011

 

Lundi 7 mars 2011 1 07 /03 /Mars /2011 22:34
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Nunuche magazine - couverture - le carnet de Jimidi

 

Nunuche - Céline, j’étais dans l’audience lors de votre spectacle avec Barbara Steisand, et vous étiez tout simplement délicieuse. Vous vous en souvenez ?

Céline Dion - Bien sûr !

Nunuche - Vraiment ? Je croyais bien que vous vous en souviendriez, mais je n’en étais pas certaine, puisque j’étais assise au fond de la salle.

 

 

 

Lettrine (a segoe nunuche) le carnet de Jimidi 

 

rrivé inopinément par la poste, par avion du Canada, directement dans ma boîte aux lettres grâce à L., le magazine « Nunuche N°1» dans lequel vous reconnaîtrez sans peine et avec joie une parodie de magazine féminin. C’est délicat, la parodie : il ne faut pas être en dessous de la cible, au moins à égalité. Côté tactile et visuel, Nunuche est tout à fait réussi. Papier, impression, illustrations, mise en page : tout est chiadé. L’autre bien intéressant parti pris est d’avoir renoncé à la méchanceté pour le contenu, au profit d’une tonalité loufoque et poétique, finalement bien plus efficace que la charge frontale, dents en avant.

 

Pour essayer de garder un minimum de tenue littéraire à cet article, j’ai choisi de reproduire ici « La clé de l’alphadiététique » mais tous les articles sont bons, avec une mention spéciale pour le « On a testé pour vous » consacré aux religions. J’adore également les petits détails comme le « Printemps de l’année prochaine » en guise de date de publication, et les « Encore un peu de courage... », « Bravo ! Vous êtes rendus à la page » qui accompagnent la numérotation des pages.

 

Nunuche magazine - la clé de l'alphadiététique- le carne



Nos scientifiques ont découvert récemment que tous les aliments, en fonction de la lettre par laquelle ils commencent, à l’exception du M, produisent une réaction chimique dans le système digestif lorsqu’ils sont combinés avec un aliment commençant par une autre lettre, dite « lettre antidote ». On appelle ce phénomène « réaction de Keltazar ». Une réaction keltazarienne produit une chaleur si intense dans les cellules que votre corps se transforme pratiquement en fournaise à graisses.

 

La rencontre inusitée d’un aliment A avec un aliment X, par exemple, modifie votre apport calorique en nettoyant votre système digestif. le processus favorise la restauration de l’équilibre biochimique des tissus et des cellules, et aide l’organisme à assimiler les nutriments, enzymes et minéraux essentiels sans épuiser votre système digestif.

 

Le résultat : un corps svelte, en santé et sans rides !

 

Il est important de noter qu’il n’existe aucun aliment antidote pour ceux commençant par la lettre M ; il est bon de ne pas en abuser.

 

 

Si vous vouliez absolument vous procurer ce magazine, je ne sais pas trop quoi vous conseiller. Peut-être le site « Nunuchemagazine.com » ou peut-être le site des éditions de La Courte Échelle, qui le publie ? Sinon, ouvrez un carnet, faites vous des amies et peut-être qu'on vous l'enverra.

 

Samedi 26 février 2011 6 26 /02 /Fév /2011 11:39
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