Ruisseaux - Laure - Le carnet de Jimidi

 

 

Lettrine (I - Laure) Le carnet de Jimidi

 

 

l n’y a pas très longtemps, je m’étais permis de souligner les qualités littéraires du carnet électronique de Laure, laissant entendre qu’à l’ordinaire, ses photos me paraissaient plutôt témoigner d’une intention de prendre des notes à la volée sans composer de la vraie grosse bonne image pour un éventuel spectateur. Ce qu’elle confirmait d’ailleurs. C’était compter sans la série « Ruisseaux », toute fraîche, qui me parait lancer un démenti cinglant au côté anecdotique de beaucoup de ses clichés.

 

J’ai cru un instant qu’il s’agissait de peinture, sur toile, ce qui aurait renversé d’intéressante façon le « Oh ! On dirait une photo ! » dont on accompagne volontiers certaines oeuvres des peintres photoréalistes. Laure me confirme qu’il s’agit bien de photos, dont elle dit avoir « juste » forcé les couleurs dans Picassa, sauf qu’à l’arrivée - je ne sais pas ce que vous en penserez - mais il me semble qu’on a de vraies oeuvres picturales.

 

Oui, mais alors, si les toiles font photo et si les photos font tableau, elle est où la peinture ? Elle est par exemple dans le rendu très impressionniste du flou, de l’eau, de la lumière. Mais elle est également dans le rendu hyperréaliste des branchages.

 

Il y aurait une « Histoire du flou » à écrire, à supposé qu’elle ne le soit pas déjà, par quelqu’un comme Michel Pastoureau, une histoire qui partirait de Léonard de Vinci et de son fameux « sfumato », jusqu’aux choix des plans focale en photo et au cinéma. On démontrerait sans trop de peine que le flou est un langage, qu’il soutient un propos, qu’il porte une intention, un sens. Ici, il me parait soutenir l’idée de mouvement, de transparence, de liquide. Le net, par opposition, parait réservé à l’opaque, à l’immobile, au bois. On trouvera une intéressante communication entre les deux avec les reflets, le brillant, le mouillé... On a sur chacune des trois photos une économie des éléments mise au service de l’ensemble de la composition, organisés entre eux d’une manière très dynamique. Reste un autre aspect, qui me parait très moderne et qui emporte complètement mon adhésion, c’est cette manière de se situer en équilibre stable entre l’abstrait - des taches de couleurs organisées - et la représentation : un ruisseau. Après, eau vive et bois mort, c’est à vous de voir.

 

Mardi 20 décembre 2011 2 20 /12 /Déc /2011 22:43
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n ne sait pas. On ne sait pas ce qui passe dans la tête des gens. Encore moins dans la tête des gens sensé savoir ce qui ce passe dans la nôtre. Ce jeudi matin là, jour de réunion, Véro, notre psychiatre, apportait à chacun d’entre nous un livre soigneusement choisi. Il faut dire que Véronique est une psychiatre un peu atypique, tatouée, en tongs toute l’année. Moi, j’ai eu « Les rillettes de Proust » de Thierry Maugenet, sous-titré : 50 conseils pour devenir écrivain. Véro m’a mis une petite dédicace : À savourer avec délice et si on devient pas écrivain, on aura joué avec nos papilles terrestres. Ou quelque chose comme ça. Elle écrit en violet. J’aime bien comme elle écrit « nos papilles terrestres ».

 

« Les rillettes de Proust » se présente comme un petit livre format poche, paru chez Points dans la collection « Le goût des môts » dirigée par Philippe Delerme. 115 pages, 5 €. Le titre est tiré de l’article « L’envie des mets » où l’auteur remplace la fameuse madeleine par une spécialité du Mans dans un extrait de Proust. Sinon, on peut y lire des trucs comme ça :

 

 

La ; ponctuation

 

Ponctuez toujours, correctement... L'abus, ou la mauvaise utilisation, de, points ou de : virgules, rendra votre prose ! Hachée, et décousue il est, en, effet ; très... pénible, de lire un, roman ponctué de, manière

intempestive, et. Lorsque l'usage, de la ponctuation... est mal maîtrisé, et que - les virgules ou ? les points... de suspension (fourmillent il est, fort, probable que ; le lecteur, qui, produit, alors; un effort, de concentration, épuisant finisse par, se détourner. De ce qu'il, tentait de lire.

 

 

Mais pourtant, d'ailleurs...

 

Afin de soigner son style, Léautaud conseillait de supprimer tous les mais, les pourtant, les en effet, les d'ailleurs et les cependant. Mais ces termes se retrouvent pourtant sous la plume des plus grands écrivains. En effet, Balzac usait de beaucoup de cependant, d'en effet et de pourtant, pourtant ces romans sont par ailleurs fort bien écrits. Mais Léautaud voulait dire cependant que le pourtant, le d'ailleurs ou l'en effet, pourtant utiles par ailleurs, sont en effet du plus mauvais effet lorsqu'un écrivain, pourtant prévenu, en abuse. D'ailleurs, ce ne sont pas ces termes mais l'usage excessif de ceux-ci qui alourdit en effet la prose. Vous ne devrez pourtant pas bannir pour autant tous les cependant, les mais ou les d'ailleurs, mais veiller cependant, comme le préconisait en effet Léautaud, à ne pas en abuser par ailleurs.

 

 

Exercice 10

 

Imaginez les deux cents premières pages d'un roman qui devra obligatoirement s'achever ainsi :


– Comment as-tu découvert que je n'étais pour rien dans l'assassinat d'Oscar Norton ? demanda Tania à John.

– C'est très simple. Dès le début de cette affaire, j'ai deviné qu'Alfaro, malgré sa vilaine blessure à l'aine, s'était bel et bien déguisé en clown blanc le soir du meurtre. Et pour ne rien te cacher, c'est la conclusion à laquelle était parvenu le malheureux gardien du zoo lorsqu'il revint de Valparaiso. Mais je savais que sans preuve de la complicité du dresseur de singe, jamais l'ins­pecteur Marvin Boltock ne consentirait à t'innocenter.

– Pour tout le monde, j'étais la coupable idéale, sou­pira Tania, et il faut reconnaître que les soupçons qui pesaient sur moi depuis la volte-face du Congolais ne plaidaient pas en ma faveur.

- Voilà pourquoi je suis retourné voir Igor Ramireski.

Je lui ai demandé pour quelle raison le dogue du tatoué avait les poils hérissés le soir du meurtre.

– Mais parce qu'il revenait de la villa de la strip­teaseuse ! l'interrompit Tania qui comprenait enfin.

– C'est exact, poursuivit John, et il est tombé sur les singes de Vladimir! Il ne me restait plus qu'à retrou­ver les sandales du Congolais pour coincer le coupable.

Puis, prenant Tania par la taille, il conclut en esquis­sant un sourire de triomphe:

– Figure-toi qu'Alfaro les avait encore aux pieds lorsqu'il a tenté de s'enfuir. C'est l'unique erreur qu'il a commise dans cette affaire.

Inédit

 

Mardi 20 décembre 2011 2 20 /12 /Déc /2011 09:28
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Grand ou petit ? Paysage ou culture virale ? Animal, végétal ou minéral ? À vous de me le dire !

 

Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 11:22
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MYLOXYLOTO---Coldplay---couverture-de-l-album---Le-carnet-d.jpg

 

 

Coldplay - J’en conviens aisément, Coldplay ne figure pas dans la liste de mes écoutes habituelles, mais Coline m’a demandé ce que je pensais de Mylo Xyloto, leur dernier album. J’en pense plutôt du bien, même si ça court un peu après U2 et si ça cherche beaucoup le tube, en chalutant large, très large. Y’a juste un truc qui m’énerve, par exemple dans le début du morceau qui donne son nom à l’album... Tu dis ? C’est le morceau éponyme ? Je sais, mais si j’emploi des mots comme ça, je suis sûr de me payer un commentaire de Mélanie (de Tours) genre : « Je croyais qu’éponyme, c’était une colle ?» Non chérie, ça c’est l’époxy. Parfois on se demande ce qui lui passe par la tête, à part des soins capillaires. Le premier morceau présente, disais-je, avant d’être interrompu par moi-même une figure de style à la mode en ce moment : le blanc dirait-on en radio, le silence bref, l’absence de son, la coupure, celle qui vous fait un instant vous demander ce qui déconne, si c’est toi ou eux, si le trou est dans le morceau. Certes, ça fait monter l’adrénaline et ça force l’attention, mais je suis contre.

 

Baadi - Pendant que j’étais aux rayon nouveautés chez Deezer, ou sur Musicme, les deux envahis de publicité, j’ai écouté le nouvel album de Chimène Baadi, titré « Gospel & Soul », trouvant dans un premier temps l’exercice plutôt honorable, à condition de sauter à pieds joints au-dessus de certaines reprises, comme par exemple « Parlez moi de lui » de Nicole Croisille, déjà assez peu indispensable en 1973.

 

Bent - Le problème pour Chimène, dont j’adore la voix par ailleurs, là n’est pas la question, c’est que j’ai enchaîné sur une autre nouveauté : l’album « Délit mineur » d’Amel Bent. Vraiment très bien, à condition d’aimer Amel Bent, sinon, ça peut sembler rabâcher. Mais qu’on aime ce qu’elle fait ou pas, force est de constater que dans cet album, la maison de disque a investi ce qu’il fallait pour que la qualité soit au rendez-vous. Les textes se tiennent, la musique est là et bien là, les arrangement sont audacieux juste ce qu’il faut et bref, la production est à la hauteur de l’incontestable talent vocal de la chanteuse, dont le timbre, perso, m’embarque complètement.  

 

Du coup, l’album de Chimène, la pauvre, parait avoir été conçu et réalisé vite fait pour se trémousser entre retraités équipés de sonotones.

 

Et même Willem - Ah, sinon, « Prismophonic » de Christophe Willem : très bien également, quasi de bout en bout.

 

Vous écoutez quoi d’intéressant, vous, en ce moment ? Et tiens, puisque je vous tiens, vous ne connaissez pas un site sur lequel s’abonner disons pour 5€ par mois, sur lequel on puisse télécharger tout ce qu’on veut en MP3 puis l’écouter sur son baladeur numérique quand ce n’est pas un i-pod ?

 

 

 

 

Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 13:15
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Lettrine--0-vieille-photo-.jpg

 

 

 

n me sait grand lecteur d’écrits périssables, prospectus, mode-d’emploi, blogs voisins, ordonnance de 45... Mais dans ce registre là, j’affectionne tout particulièrement les bulletins scolaires. Tu dis ? C’est parce que les miens sont encore classifiés « secret défense » ? Possible. Par chance, ma pratique professionnelle me conduit régulièrement à demander à mes ouailles (aïe, aïe ! ) de me montrer les leurs. Pour avoir suivi de près, et depuis longtemps, toutes les évolutions de ce genre littéraire à part entière, je crois pouvoir m’autoproclamer expert en lecture de bulletins scolaires. D’ailleurs on m’en envoie par mail, et ce, pas plus tard qu’hier, c’est vous dire ! Ce que vous ne mesurez peut-être pas, bande de cancres, c’est la sophistication extrême qu’adopte actuellement cette mesure trimestrielle de la performance scolaire individuelle.

 

Le bulletin type se présente comme un tableau à double entrée, ayant principalement en ordonnée les matières, et en abscisse des chiffres et des appréciations littérales. Dans un souci (sans doute légitime) de détacher les moyennes individuelles de l’idée de valeur absolue, on leur accole volontiers des éléments permettant de relativiser, à commencer par la moyenne de la classe. J’ai connu des collèges dans lesquels les professeurs étaient explicitement priés de faire en sorte que la moyenne des classes soit systématiquement à 10 (dans un système de notation sur 20). On conviendra qu’une moyenne collective qui s’éloignerait trop de la moyenne théorique donne en fait des indications sur la pratique du prof en matière de notation. Ainsi, les peaux de vache qui saquent tout le monde se situeront volontiers en dessous et les démagogues au-dessus. Suit en général une information sur les extrêmes, meilleure et pire moyenne de la classe dans cette matière, et/ou nombre d’élèves dans des catégories comme : à chier, passable, moyen, bon, très bon. On trouve même parfois une case « nombre de notes ». Sur le bulletin d’hier, je relève qu’aucune information complémentaire ne permet de savoir si les chiffres rangés dans les colonnes + et - de « notes extrêmes » sont des moyennes, ou des notes de contrôle, relevées dans la classe, ou s’il s’agit des notes personnelles extrêmes de l’intéressé.

 

C’est bien sûr dans la case d’après, celle des appréciations littérales, qu’on trouvera ces morceaux d’anthologie dont la toile regorge : « Cet élève confond la seconde et la marche arrière », « Elève brillant... par son absence. », « Se retourne parfois, pour regarder le tableau. »,  « A touché le fond mais creuse encore. »,  « En nette progression vers le zéro absolu. » et mes préférées : « L’apathie a un visage » ou : « Un vrai touriste aurait au moins pris des photos. » Certains bulletins ajoutent encore une, voire deux colonnes à côté de celle servie par l’appréciation littérale, celle du comportement et celle des conseils pédagogiques adressés à l’élève.

 

Vous êtes largués ? C’est normal : une bonne partie de cette mise en page des bulletin est en fait une mise en scène, destinée à donner du sérieux à l’ensemble. Or à notre époque, qui dit « sérieux » dit « technique » et qui dit technique dit opacité. Du coup, pas mal de collèges ont mis en place une procédure consistant non plus à envoyer les bulletins aux parents, mais leur demandant de bien vouloir passer le prendre au collège, ce qui devrait pouvoir donner aux pédagoques l’occasion d’une explication de bulletin : « Vous avez mis « ABS » à mon fils...  Assez Bien Suffisant, c’est pas mal non ? »

 

Reste que le bulletin de JB est bon, très bon même, parole d’expert. A ce titre, il mérite toutes nos félicitations. Oui, je parle de toi, de toi et surtout de toi ; je m’adresse rarement à moi en disant nous. Alors attention, tout le monde avec moi, deux, trois : BRAVO JB !

 

 

Illustration : pour ce montage, j'ai utilisé un bulletin trouvé sur le Net, il ne s'agit pas de celui de JB.

Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 14:45
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Dome of a home 5 copie

 

Autant vous le dire tout de suite, je ne l’aime pas, ce « Dome of a home ». Je le classerais volontiers dans les monuments hystériques. Après avoir été très brièvement accroché par ses formes surprenantes, j’ai trouvé l’ensemble plutôt prétentieux. Ça, c’était avant de savoir ou il était construit et avant de voir l’intérieur. Pour la localisation, comme vous pourrez l’apprécier sur les photos obligeamment fournies par Google-map, qui bientôt pourra vous voir pisser dans le jardin, Messieurs et bronzer seins nus Mesdames, ou l’inverse, voire même les deux à la fois, ce dôme est installé sur une plage, parmi des centaines d’autres maisons rangées en rang d’oignon, ce qui rend l’ensemble à peine moins pénible qu’un bon vieux bétonnage type côte d’azur. Pour ce qui est de l’intérieur, j’ai renoncé à reproduire ici des photos : la banalité jointe au mauvais goût, à ce point là, c’était au-dessus de mes forces. Sachez quand même que sur le site où votre curiosité malsaine va vous pousser à aller en suivant ce lien, vous pourrez voir des CENTAINES de photos (pictures) dont l’immense majorité est d’un manque d’intérêt abyssal.

 

Dome of a home 7 copie

 

Construction - Si j’ai bien compris, au départ, la forme générale est donnée par une structure gonflable en forme d’oeuf couché, ou de vesse-de-loup. Là dedans, on ferraille un treillis, on pulvérise du béton, quand tout est sec on découpe des ouvertures et dans la coquille ainsi réalisée, on construit de façon assez classique un appartement sans intérêt, aux pièces parallélépipédiques. Il parait que l’ensemble résiste aux tempêtes tropicale très bien mieux que les maisons voisine. On en viendrait presque à le regretter.

 

Google-map - Vous constaterez également avec les document Google que dans cette zone géographique, on a accès à une vue en perspective. En zoomant à fond, on peut même se promener virtuellement dans la rue avec « street vue », qui propose un affichage (clic droit) compatible avec les lunettes 3D. Au secours !

 


Dome of a home 8

Dome of a home 4 copieDome of a home 2 copieDome of a home 1 copie

 

L’adresse de la chose : Dome of a home - 1005 Ariola Drive - Florida - États Unis

 

Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 20:26
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rond-de-fumee-de-l-Etna---Le-carnet-de-Jimidi.JPG

 

Je ne sais pas trop ce qu’est l’auto-fiction (vous m’expliquerez, à l’occasion) mais l’auto-promotion, je vois bien. En ces temps brumeux et tristounets, je vous conseille donc un petit tour parmi les articles rangés dans la catégorie « Balades plus lointaines » de cet ici-carnet, qui commence par un inventaire de trucs et de machins naturels mais ronds.

 

 

Illustration : rond de fumée au-dessus de l'Etna

Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 00:20
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Laure - rosier d'automne - Le carnet de jimidi

 

 

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omment commencer ? Peut-être en acceptant de sauter à pieds joint dans le paradoxe, plutôt que d’essayer de le contourner, ou de prétendre le résoudre. Je vais donc vous dire tout le bien que je pense du carnet de Laure, qui témoigne selon moi de très grandes qualités littéraires, mais il sera question ici surtout de ses photos et les deux textes auxquels je vais faire appel ne sont pas d’elle. Mais après tout, s’agissant d’un carnet titré « Une chose et son contraire », peut-être est-ce une bonne approche ?

 

Il y a quelque chose de magique dans l’incontestable talent d’écriture de Laure. C’est là, sous le regard, ça crève les yeux et parfois même le coeur, je le constate tous les jours en allant lire là-bas ses articles et pourtant, je serais bien incapable de dire à quoi tient cette écriture si particulière, à quoi tient sa très grande justesse, sa capacité de faire mouche. Ça me rassurerait presque de constater que la plupart des photos de Laure ne sont pas terribles, sauf, heureusement, les extraordinaires que je lui ai piquées pour illustrer cet article. On en trouverait sans doute plein d’autres en feuilletant plus sérieusement que moi son album photo, mais plus je regarde ses photos « ordinaires », plus elles me semblent résulter d’une sorte de malentendu. Ce que montre l’écriture de Laure, pour y revenir (et même si je ne vois pas comment elle fait) c’est son infinie capacité d’évocation. Deux, trois mots, et hop, tu as la situation, l’ambiance, en écoutant bien, la musique et les sons et moyennant un léger supplément, le parfum du jour, bergamote ou feu de bois selon arrivage. Du coup, je comprends qu’il puisse être tentant, planté dans un paysage, quand les impressions et les sentiments affluent, d’appuyer sur le bouton avant qu’ils repartent, en espérant qu’ils aient été capturées. Je comprends également qu’on puisse, dans ce même paysage, ou devant une scène, voir son oeil attiré par une ligne, un contraste, une couleur, vouloir en conserver une trace, et se retrouver avec une photo encombré d’autres trucs qu’on est bien obligé de garder et regarder puisqu’ils étaient également là. C’est sur cette piste que me conduisent les couleurs de Laure, celle de notes visuelles prises à la volée. Il m’a semblé par exemple, retrouver dans beaucoup de clichés, à mon avis trop pour que cette récurrence ne soit que le fruit du hasard, certaines teintes qui reviennent et parmi elles, un certain jaune, que je qualifierais bien de « moutarde », sauf qu’après avoir mis de la vraie moutarde sur mon scanner et du condiment à côté, je pense désormais qu’il s’agit plutôt d’un jaune curry.

 

Laure - Mousse sur écorce - Décembre 2011 - Le carnet de

 


Et voilà peut-être la clé, ou plutôt l’une d’entre elles. De même que certaines odeurs nous replongent immédiatement dans des souvenirs précis, je me demande si certaines couleurs ne fonctionnent pas sur le même mode pour Laure... Du coup, je me suis permis d’en piocher quelques unes dans ses images, puis de les rassembler. Elles me semblent composer une palette assez douce, nostalgique et tendre. On y retrouvera également ce rose très discutable dont elle a tartiné son carnet.

 

 

Laure - champ de maïs en hiver - Le carnet de Jimidi

 

Pour ce qui est des textes, dans les récents, on pourra utilement lire La vieillesse dit-elle ou piocher au hasard : à des titres divers, ils sont tous bien. Reste à convoquer dans cet article deux chanson interprétées par Christophe Willem. L’une, parce qu’en l’écoutant alors que je réfléchissait à cet article, m’est apparue ce l’or/laure certes un peu facile, mais qui oriente l’écoute et la lecture de ce texte d’intéressante façon. L’autre parce que cette chanson me parait coller pile poil à ce que j’aurais bien voulu vous dire de Laure, telle que je crois la deviner dans ce qu’elle écrit.

 

Laure - Feuilles givrées - Le carnet de Jimidi

 

 

Être un héros, voler dans les plumes, défier d'un regard... J'ai le chapeau, j'ai le costume ; après ça, je m'égare. Tout doux, comme un homme, bourru comme un saule en somme. J'ai tout fait pour me croire plus fort que fort. J'ai deux cent fois perdu le nord. Face à la vie mon corps se défile : je me sens fragile. Être un héros, plonger dans la brume, défier le hasard... Coup d'épée dans l'eau, si je résume. Je me rêve, le soir. Moi, j'ai l'air d'un homme : bourru comme un saule en somme.  J'ai tout fait pour me croire plus fort que fort. J'ai tant de fois perdu le nord ! Et face à la vie, mon coeur se défile : je me sens fragile... fragile... fragile... fragile...  J'ai tout fait pour me croire plus fort que fort, mais j'ai tout fait comme l'on fait le mort, et tant pis si, lorsque ma vie défile, je me sens fragile... J'ai tout fait pour me croire plus fort que fort, mais je me tue à faire le mort et tant pis si, lorsque ma vie défile, je me sens fragile.

 

Laure - nénuphars - Le carnet de jimidi

 

L’or est là sous la pluie, sur la peau de celui que je suis quand je te vois. L’or est là qui se colle entre nous et le sol. Je veux ça : me sentir en vie. Et la vie dans mes veines me chavire, me déchaîne et tout ça vaut de l’or. Viens dans mes bras Dans tel hôtel j’ai pleuré si fort là au pied du chêne j’ai pleuré encore sur mon corps ta peau sur ta peau l’arôme je respire avec toi l’or est tombé du ciel dieu que l’envie est belle quand mon ange en perd la foi l’or est là qui se colle entre nous et le sol je veux ça me sentir en vie et la vie dans mes veines me chavire me déchaîne. L’or est entre mes bras. Je suis en toi. Tout nous tient qu’à un fil. En un seul battement de cil, l’or est tombé du ciel. L’or est tombé du ciel. L’or est tombé du ciel. Dieu que l’envie est belle ! Viens mon ange, accroche-moi, l’or est là qui se colle entre nous et le sol. Je veux ça. L’or est là.

 

Laure - Les couleurs de Laure - Le carnet de Jimidi

 

Comme on l'aura compris, j'espère, les photos utilisées contre leur gré dans cet articles ont été prises par Laure, sauf celle ci-dessous.

 

Laure - Moutarde et condiment sur le scaner - Le carnet de

 Puisque je te dis que la maison ne recule devant RIEN.

 

 

 

Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 19:22
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Schmilblick N°19 du 11 décembre 2011

 

Tout le monde aura compris, bien sûr, que pour gagner, il faut trouver le nom de l'auteur et le titre du livre d'où à été tiré cet extrait.

Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 00:01
- Publié dans : Schmilblick - Ecrire un commentaire - Voir les 16 commentaires

 

 

 

Lettrine--E-Carl-Kleiner-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

ngagé depuis quelques temps déjà dans un programme d’austérité domestique consistant à traquer la dépense inutile dans les recoins d’un budget exsangue, j’ai résilié mon contrat avec France Loisir. Je reçois en retour une lettre signé Anne Perez, Directrice relation client, qui commence en ces termes :

 

Cher Monsieur,

 

J’apprends que vous souhaitez quitter le club et j’en suis sincèrement désolée. Je me sens personnellement responsable lorsqu’un adhérent décide de partir et je me demande toujours ce que nous aurions pu faire pour mieux répondre à ses attentes. Oui, vous allez nous manquer. Nous avions beaucoup de plaisir à vous compter parmi nos meilleurs adhérents... et nous n’avons qu’une envie : vous convaincre de rester une année encore parmi nous. (...)

 

Suit une proposition commerciale intitulée « Nouvelle formule club » consistant à devoir acheter quatre livres par an au lieu d’un par trimestre.  Tu dis ? C’est pareil ? Pas du tout, du tout, parce que là, grâce à un privilège auquel Mme Perez espère que je soit sensible, je pourrais ne rien acheter du 1er janvier au 30 décembre et me rattraper en prenant quatre bouquins à la fois le 31 avant minuit.

 

Ce que Mme Perez ne sait pas, c’est qu’en sus de la rigueur budgétaire domestique dont je parlais, j’avais de plus en plus de mal à trouver un livre, un vrai, dans l’océan de niaiseries publiées par son club. Je ne suis donc pas surpris de retrouver dans sa lettre le « pathos » dans lequel s’embourbe ses ouvrages, mais il m’incline à penser que loin de s’adresser à moi, malgré ses apparences, sa lettre parle plutôt d’elle. Du coup, on pourrait en imaginer d’autres...

 

 

 

Cher Jean-Marie,

J’ai peine à croire que tout soit fini entre nous. Depuis notre rupture, j’examine à la lumière brutale de son annonce les longues années de notre liaison, à la recherche d’une faute dont je serais personnellement responsable, me demandant en quoi j’ai failli à tes attentes. Oui, tu vas terriblement me manquer et c’est dans l’ultime espoir de sauver ce qui peut l’être encore entre nous que je t’adresse la proposition ci-dessous (...)

 

 

Dis donc, mon coco,

Si tu crois que tu vas t’en tirer comme ça, tu te goures. Je ne sais pas où tu as été chercher que dans notre liaison, c’est toi qui décidais, mais voilà une initiative qui mérite une sévère punition. Tu vas me faire le plaisir d’accepter la proposition ci-dessous, et vite ! mais tu ne couperas pas à quelques coups de fouet, vilain, vilain garçon (...)

 

 

Monsieur,

Alors comme ça, vous vous y mettez aussi ? Je surveillais depuis un bon moment le petit manège de vos semblables, aussi ne suis-je pas surprise de votre coup-bas : je m’y attendais. Je vous imagine savourer par avance votre victoire. Ne vous réjouissez pas trop vite. J’ai votre nom, votre adresse et je me propose de transmettre ceux-ci sans délai a des gens haut placés que je connais, qui sauront effacer définitivement votre petit sourire satisfait, à moins que vous ne souscriviez à la propositions ci-dessous. (...)

 

 

 

Cher, cher Monsieur,

L’annonce de votre retrait tombe vraiment mal. C’est déjà la dixième aujourd’hui, et je crains que cette goutte d’eau ne fasse déborder le vase. Je crois que je ne suis vraiment pas faite pour ce travail et peut-être même plus pour cette vie. Tous ces gens qui me fuient, c’est vraiment trop dur, je ne le supporte plus. Toute petite déjà, j’avais beaucoup de mal à voir maman s’éloigner à l’heure de la sieste, alors maintenant, vous pensez ! J’envisage sérieusement d’en finir une bonne fois. C’est donc dans l’ultime espoir que vous puissiez me raccrocher à la vie que je vous lance la proposition ci-dessous. (...)

 

 

Ah merde !

Tu fais chier ! Qu’est-ce qui te prends, bordel ? Tu crois que j’ai que ça à foutre d’essayer de raccrocher des connards qui se tirent ? Écoute moi bien, crétin : je t’adresse ci-dessous une proposition que tu as plutôt intérêt à signer, parce que tu commences à me les briser menues, menues. Alors putain, magne-toi ! (...)


 

 

Cher Monsieur,

J’apprends avec soulagement que vous souhaitez quitter le club et j’en suis sincèrement soulagée. Je me demandais depuis longtemps ce que vous attendiez. Vous allez néanmoins nous manquer. Il est vrai que vos choix littéraires erratiques étaient une inépuisable source de fous rires au bureau. Que votre pusillanimité légendaire vous conduise ou non à souscrire à la proposition ci-dessous, je vous méprise.

 

 

 

 

Aye, le taon,  

Tu m’achales en pas pour rire avec tes grands airs de faiseux. Ça m’tente-tu moé de courir après les lâcheux dans ton genre pour leu quêter leu foin d’reprise d’abonnement? Bon, dans l’cul cibole, j’ai un deal pour toé pis c’est ça qui est ça ou mange un char de marde. Grouille toé l’beigne de lire mon tit pamphlette icitte à côté-là, pis d’me maller ta réponse. Envoye moéneau. Niaise pas. Dégosse, flagosse…

Paul Laurendeau

 

 

 

On pourra lire également la chronique : "Rances loisirs", sur ce même carnet.

 


Samedi 10 décembre 2011 6 10 /12 /Déc /2011 12:30
- Publié dans : Art postal - Correspondance - Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires

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