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n me sait grand lecteur d’écrits périssables, prospectus, mode-d’emploi, blogs voisins, ordonnance de 45... Mais dans ce registre là, j’affectionne tout particulièrement les bulletins scolaires. Tu dis ? C’est parce que les miens sont encore classifiés « secret défense » ? Possible. Par chance, ma pratique professionnelle me conduit régulièrement à demander à mes ouailles (aïe, aïe ! ) de me montrer les leurs. Pour avoir suivi de près, et depuis longtemps, toutes les évolutions de ce genre littéraire à part entière, je crois pouvoir m’autoproclamer expert en lecture de bulletins scolaires. D’ailleurs on m’en envoie par mail, et ce, pas plus tard qu’hier, c’est vous dire ! Ce que vous ne mesurez peut-être pas, bande de cancres, c’est la sophistication extrême qu’adopte actuellement cette mesure trimestrielle de la performance scolaire individuelle.

 

Le bulletin type se présente comme un tableau à double entrée, ayant principalement en ordonnée les matières, et en abscisse des chiffres et des appréciations littérales. Dans un souci (sans doute légitime) de détacher les moyennes individuelles de l’idée de valeur absolue, on leur accole volontiers des éléments permettant de relativiser, à commencer par la moyenne de la classe. J’ai connu des collèges dans lesquels les professeurs étaient explicitement priés de faire en sorte que la moyenne des classes soit systématiquement à 10 (dans un système de notation sur 20). On conviendra qu’une moyenne collective qui s’éloignerait trop de la moyenne théorique donne en fait des indications sur la pratique du prof en matière de notation. Ainsi, les peaux de vache qui saquent tout le monde se situeront volontiers en dessous et les démagogues au-dessus. Suit en général une information sur les extrêmes, meilleure et pire moyenne de la classe dans cette matière, et/ou nombre d’élèves dans des catégories comme : à chier, passable, moyen, bon, très bon. On trouve même parfois une case « nombre de notes ». Sur le bulletin d’hier, je relève qu’aucune information complémentaire ne permet de savoir si les chiffres rangés dans les colonnes + et - de « notes extrêmes » sont des moyennes, ou des notes de contrôle, relevées dans la classe, ou s’il s’agit des notes personnelles extrêmes de l’intéressé.

 

C’est bien sûr dans la case d’après, celle des appréciations littérales, qu’on trouvera ces morceaux d’anthologie dont la toile regorge : « Cet élève confond la seconde et la marche arrière », « Elève brillant... par son absence. », « Se retourne parfois, pour regarder le tableau. »,  « A touché le fond mais creuse encore. »,  « En nette progression vers le zéro absolu. » et mes préférées : « L’apathie a un visage » ou : « Un vrai touriste aurait au moins pris des photos. » Certains bulletins ajoutent encore une, voire deux colonnes à côté de celle servie par l’appréciation littérale, celle du comportement et celle des conseils pédagogiques adressés à l’élève.

 

Vous êtes largués ? C’est normal : une bonne partie de cette mise en page des bulletin est en fait une mise en scène, destinée à donner du sérieux à l’ensemble. Or à notre époque, qui dit « sérieux » dit « technique » et qui dit technique dit opacité. Du coup, pas mal de collèges ont mis en place une procédure consistant non plus à envoyer les bulletins aux parents, mais leur demandant de bien vouloir passer le prendre au collège, ce qui devrait pouvoir donner aux pédagoques l’occasion d’une explication de bulletin : « Vous avez mis « ABS » à mon fils...  Assez Bien Suffisant, c’est pas mal non ? »

 

Reste que le bulletin de JB est bon, très bon même, parole d’expert. A ce titre, il mérite toutes nos félicitations. Oui, je parle de toi, de toi et surtout de toi ; je m’adresse rarement à moi en disant nous. Alors attention, tout le monde avec moi, deux, trois : BRAVO JB !

 

 

Illustration : pour ce montage, j'ai utilisé un bulletin trouvé sur le Net, il ne s'agit pas de celui de JB.

Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 14:45
- Publié dans : Réflexions sur l'écriture - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
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Commentaires

Hilarant. Les coqs, vous êtes parfaits pour couler les élèves. Au Canada, on les valorise. C’est aussi hurlant, mais onctueux et totalement exempt de la moindre virulence. Norbert a magistralement amélioré la courbure de ses lettres minuscules. Je suis très optimiste sur ce que sera son approche à venir  des majuscules. Anita fait ses divisions de façon  à peut près satisfaisante avec des résultats fort honorablement approximés. Gudule comprend de mieux en mieux la musique. Il distingue presque sans se tromper quatre instruments dans un quatuor. Sans ironie aucune dans les trois cas.

Commentaire n°1 posté par Paul Laurendeau le 16/12/2011 à 16h03

 

Il y a deux écoles, pour l'entraînement sportif comme pour la scolarité (et comme pour beaucoup d'autres choses d'ailleurs, y compris le management). C'est l'interview d'un footballeur français qui m'a ouvert les yeux là dessus. Il jouait à ce moment là dans une équipe anglaise et disait en substance : En France, on vous fait systématiquement travailler vos points faibles, alors qu'en Angleterre, on vous entraîne pour être encore meilleur là où vous êtes déjà bon.

Perso, des anciens élèves mâchés puis recrachés par le système scolaire, il m’en tombe des brassées chaque année. Je les trouve à tous les stades de la dépression, persuadés qu’ils ne valent rien. Rien n’ayant trouvé grâce aux yeux de leurs profs, ils ne se voient plus qu’à travers le filtre de leurs défauts, de leurs manques, de ce qui ne va pas chez eux. Du coup, l’essentiel de mon travail consiste précisément à repérer leurs aptitudes (tout le monde en a), leurs qualités (tout le monde en a également), leurs savoir-faire puis de construire un parcours d’insertion sur ces bases là.

Rappelons quand même que le système scolaire français est un calque du système universitaire français, lui même destiné à renouveler des élites, en procédant à une sélection par la faute et l’échec et en suivant l’axiome : « Beaucoup d’appelés, peu d’élus. » On en reviendra, et beaucoup d’initiatives pédagogiques vont en ce sens, mais on ne changera pas « le mammouth » (l’éducation nationale) ni l’université, ni la formation des profs rapidement.

Réponse de Jimidi le 16/12/2011 à 17h38

Hihihi... J'adore décidément cette veine, Jimidi. Pour le commentaire de M. Charteau (?), je lis : "Bonne élève, un peu blonde". Ça ne peut pas être ça.

Pour ABS, ça me fait penser à la traduction d'une copine pour les "freins ABS". Elle disait, après avoir découvert comment ils fonctionnaient, qu'ABS, c'était une abréviation de l'exclamation qu'ils lui avaient inspiré : "Ah ben sacrament"...

Commentaire n°2 posté par WLouve le 17/12/2011 à 01h46

Perso, je lis "un peu bavarde", mais le doute est permis. Hi hi pour ABS !

Réponse de Jimidi le 17/12/2011 à 03h42

Félicitations à JB ! 

Commentaire n°3 posté par Mélanie de Tours le 17/12/2011 à 19h22

Oui, voilà : Félicitations à JB, à son entourage, à ses profs et tout.

Réponse de Jimidi le 18/12/2011 à 00h40

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