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Propos recueillis par Rachel Mulot auprès de Jean-Jacques Hublin pour Science et Avenir (décembre 2008). Jean-jacques Hublin est paléo-anthropologue. Il dirige le département d’évolution humaine de l’Institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne), qu’il a créé en 2004. Il publie chez Flammarion avec Bernard Seytre « Quand d’autres hommes peuplaient la Terre – Nouveaux regards sur nos origines. »268 p.,21€.
Le propre de l'homme moderne, selon vous, est-il d'avoir toujours exercé une pression intense sur l'environnement ?
Il y a eu un « buissonnement» d'espèces humaines avant l'apparition d'Homo sapiens, il y a entre 200000 et 150000 ans en Afrique. Mais notre espèce s'est répandue dans le monde, voici environ 50 000 ans, avec une efficacité nouvelle, exploitant son environnement de façon inégalée. Il est intéressant de replacer notre histoire actuelle dans cette continuité préhistorique. Les hommes modernes sont allés sur la Lune tout comme autrefois ils ont pris pied en Australie, en Amérique du Nord et dans les îles les plus lointaines. De même, ils extraient aujourd'hui jusqu'aux dernières gouttes de pétrole, provoquent la disparition de multiples espèces, comme ils ont autrefois « intensifié » leur prédation sur l'environnement. Et s'ils doivent aujourd'hui gérer leurs ressources, c'est contraint, car leur planète s'épuise.
Les néandertaliens n'étaient-ils pas, eux aussi, des prédateurs ?
Pas à ce degré. Ainsi, les néandertaliens, apparus presque en même temps que les ours des cavernes, les ont chassés, mais ont cohabité avec eux pendant trois cent mille ans. Ces ours n'ont disparu qu'après la colonisation de l'Europe par Homo sapiens, même si cela a pris quelques milliers d'années. Ce n'est pas le côté le plus sympathique de notre espèce, mais, dans les faits, l'expansion d'Homo sapiens a conduit à l'extinction de nombreux grands mammifères, y compris d'autres espèces humaines.
D'autres chercheurs avancent plutôt des causes climatiques...
Le climat a connu tant de fluctuations au cours du dernier million d'années, qu'on peut toujours faire correspondre une disparition locale à telle ou telle variation : un coup de chaud par ici, un coup de froid par là, voire la chute d'une météorite ailleurs ! Et ce, alors que nos datations, dans ces périodes, ne sont pas précises au siècle près ! C'est à la mode et c'est un abus. Pourquoi s'interdire de chercher des causes à l'échelle planétaire ? Or le déterminateur commun à l'extinction massive des grandes faunes, il y a 50 000 ans en Australie ou il y a 12 000 ans en Amérique du Nord, c'est bien l'arrivée de L’homme moderne ! On cherche, à travers des causes climatiques ou extérieures, à exonérer les ancêtres des Amérindiens ou des Aborigènes de toute responsabilité dans la disparition des mammouths ou des kangourous géants.
Le «politiquement correct » parasiterait-il la paléoanthropologie ?
Il y a un fantasme d'un âge d'or du paléolithique, au cours duquel les hommes auraient été des pacifistes et des écologistes gérant leurs ressources. Ils n'ont été ni l'un ni l'autre. La perception est la même vis-à-vis des derniers chasseurs-cueilleurs subsistants alors que des travaux récents montrent qu'ils ne sont exempts ni de violence ni de hiérarchie. Une idéologie post-soixante-huitarde et une mauvaise conscience post-coloniale biaisent aujourd'hui la recherche en préhistoire.
Vous aimez aussi parler du cannibalisme...
Oui, car on trouve, dans certains sites préhistoriques (Gran Dolina et El Sidron, en Espagne, l'abri Moula, en Ardèche), des restes humains débités comme ceux des animaux, pour de la boucherie. Même pour des périodes très reculées, on préfère souvent expliquer que ces restes humains ont fait l'objet de rituels funéraires très sophistiqués. Curieusement, à partir du néolithique, le moment où les hommes s'installent en village, se hiérarchisent, accumulent des biens, on admet que tueries et cannibalisme « agressif » ont pu exister. Je vais faire hurler, mais pour moi, Neandertal, qui avait survécu à bien des variations climatiques avant la venue de Cro-Magnon, n'est que l'une de ses victimes. Il a été progressivement éliminé comme les autres grands compétiteurs carnivores : en lui ravissant ses proies et ses territoires, aussi en le tuant. Mais c'est une interprétation taboue aujourd'hui.
... des pages de ce même carnet, archivant les articles par thème : Architecture ronde, Conso, Art, Lectures etc.
On est bien dimanche ?
C'est bizarre : il manque quelque chose...
Attends, c'est exactement ce que je me suis dit, vers treize heures : "'tain ! J'ai oublié le Schmilblick ! ". Mais depuis, je me suis rattrapé !
Miam !
Vive la vie !
Blurpp....
A taaaaaaable !
Il faut de tous pour faire un monde
A bientôt
Oui, voilà. Et on pourrait ajouter : "Tous les égouts vont dans la nature" (quoi que ça ne soit heureusement plus vrai...)
Je n'ai jamais pensé que l'Homme préhistorique était rousseauiste ni l'homme moderne franchement mauvais, ni l'actuel "primitif" meilleur que nous. Chacun se bat pour rester en vie, en faisant des choses atroces parfois et des choses sublimes souvent.
Manger ses congénères plutôt que mourir de faim c'est très rationnel !
Vous pensiez cuisiner quelqu'un en particulier, chère Mélanie, ou c'est juste comme ça, en général ?
Finalement, peut-être leur devise était elle "Yes, we canibal". Mais c'est vrai qu'anthropophages, on peu se comprendre.