Partager l'article ! Edwige Planchin - AbanDON Adoption, quand la mère se retire: es malentendus mènent à tout, à condition d’ ...
es malentendus mènent à tout, à condition d’en sortir. C’est sur un malentendu qu’a commencé ma relation épistolaire
avec Edwige Planchin. Pénélope Labruyère, mon éditrice d’alors, lui avait transmis mes coordonnées. Edwige avait du coup compris que j’étais éditeur et m’avait envoyé tout un lot de manuscrits
d’albums jeunesse. Une fois précisé que je n’étais éditeur que de la revue Scribulations, je lui ai quand même proposé de jeter un oeil sur ses manuscrits, en tant que lecteur bienveillant et
critique, si bien que depuis, on correspond sur ce mode là. J’ai donc eu la primeur d’une lecture avant édition de son « AbanDON Adoption, quand la mère se retire » un ouvrage mêlant le
témoignage et l’essai, écrit par Edwige à partir de l’attente, de la naissance de l’abandon puis du décès d’Ulysse, son deuxième enfant. Elle m’a demandé d’en parler. Je ne sais pas si je
l’aurais fait spontanément, mais pour elle, oui. Par chance, la sortie de son livre s’est accompagnée d’articles de presse, dont un, paru dans Mag2Lyon, dont elle s’est fait l’écho sur sa page
Facebook.
Je ne sais pas si j’ai le droit, comme ça, de reprendre intégralement un article, dont on trouvera toutes les références utiles pour bien comprendre qu’il n’émane pas de moi, mais dans la tonalité très particulière des questions posées, il me parait être une bonne entrée dans un sujet où le droit parait heurter la morale.
Faut-il le rappeler, abandonner son enfant à la naissance est un droit reconnu par la loi (française). La modalité la plus connue en est l’accouchement sous X, mais ce n’est pas la seule. Si pour des raisons qui leur appartiennent, et sur lesquelles la loi ne leur demande pas de justification, une mère ou des parents décident qu’ils ne veulent ou ne peuvent plus élever leur enfant, quelque soit son âge, ils peuvent le confier aux services sociaux. Comme le souligne très justement Edwige, ce n’est pas une décision guidée par la facilité, mais plutôt par le désespoir, décision difficile, prise justement dans l’espoir d’une vie meilleure pour l’enfant.
Je ne sais pas comment s’est déroulé l’entretien qu’a donné Edwige à Gautier Guigon, journaliste à Mag2Lyon. Était-ce au téléphone ? Se sont-ils rencontré en vrai ? Ont-ils parlé longuement ou pas ? Etait-ce une vraie rencontre ? Edwige a-t-elle eu un droit de regard sur l’article avant publication ? (Ça m’étonnerait) On ne sait pas non plus ce qui s’est passé entre l’entretien, la rédaction de l’article, sa relecture probable par le rédac-chef et sa publication. Je constate qu’à l’arrivée, les questions dissimulent à peine les sentiments très négatifs qu’inspirent cette histoire d’abandon au journaliste.
Du coup, on ne s’étonne pas qu’il ait été, lui et la ligne éditoriale de son journal, se raccrocher aux branches d’une pseudo-psychiâtre, dont le témoignage figurait sur la page originale en parallèle, à la fin de l’entretien avec Edwige. On pourra le lire ici sous le titre « INVIVABLE » dont on ne sait s’il recouvre la situation de certains enfants ou celle de certains interviews. Cette psychiatre est semble-t-il payée à ne rien faire puisque son job, ainsi qu’il nous est présenté, consiste à accompagner les parents qui abandonnent ou perdent leur enfant à la naissance, mais qu’il ne sera question ni des uns (il n’y en a pas) ni des autres. En revanche, la figure moralement réprouvée de mauvaise mère en sortira rhabillée pour l’hiver d’une bonne couche de personnalité effondrée ou fortement désorganisée. Décidément, quand le médical vole au secours de la morale plutôt que de soulager la souffrance, c’est à gerber.
On ne trouvera pas ici d’opinion de ma part sur la décision des parents d’Ulysse le concernant. Qui suis-je pour donner un avis dans une situation qui ne regarde qu’eux ? Mais je trouve le témoignage, la démarche, la publication intéressantes et honnêtes, y compris dans la tentative d’Edwige de se soulager. J’espère très sincèrement que son livre trouvera l’écho qu’il mérite.
Briser le tabou
Edwige Planchin, enseignante à Villeurbanne, est l’auteure de « Abandon adoption », premier livre d’une mère qui témoigne à visage découvert de l’abandon de son enfant . Propos recueillis par Gautier Guigon
Pourquoi ce livre ?
Edwige Planchin : Parce que je me suis rendu compte que certains enfants adoptés avaient été des enfants abandonnés et qu’ils avaient honte de leur histoire. Tout comme les mères qui restent dans le secret. Alors qu’en fait, on fait ça dans l’intérêt de l’enfant et pour protéger notre famille. Je le sais pour l’avoir vécu.
Vous avez abandonné votre enfant ?
Oui, le 22 août 2007, à 36 ans, j’ai eu un petit garçon, Ulysse, qui est né avec une maladie génétique rare, le syndrome de Noonan. Ce qui entraîne une cardiopathie congénitale, des problèmes sanguins et respiratoires. Avec mon mari, on a donc pris deux semaines pour réfléchir et on en a conclu qu’on ne serait pas capables de l’élever correctement.
Qu’est-ce qui vous laissait croire ça ?
Nous avions une fille de 16 mois. Une vie harmonieuse, avec mon mari. Et nous avions peur de tout gâcher. C’est peut-être égoïste, mais il y a tellement de familles qui se disloquent à cause du handicap de leur enfant... En fait, on avait tout simplement peur du handicap. C’était une inconnue que nous ne pouvions pas assumer. Mon mari encore moins que moi.
Vous avez donc abandonné votre enfant parce qu’il était handicapé ?
Mais l’évolution de son état de santé n’était pas prévisible. On ne peut pas évaluer la gravité de ce syndrome... On n’était pas prêts à ça. On na donc décidé de le confier à une famille d’adoption le 6 septembre. Une décision difficile. Mais qui peut aussi être considérée comme courageuse.
Mais pourquoi de pas avoir avorté ?
Parce qu’on ne connaissait pas l’ampleur du handicap. Ma grossesse s’est globalement mal passée. Au départ, à l’hôpital, on m’a annoncée que je faisais une fausse-couche. A la première échographie, l’enfant souffrait d’une cardiopathie. Puis à 3 mois et demi de grossesse, d’une éventuelle trisomie et à 4 mois d’une maladie génétique... Après des analyse complémentaires c’est à dire une amniocentèse, on nous a dit le contraire ! Finalement, à 7 mois de grossesse, c’était une cardiopathie, opérable. Mais du coup, on n’avait plus le droit d’interrompre la grossesse. Sinon, je l’aurais fait. Et on a finalement appris la maladie de notre enfant cinq jours après sa naissance.
Avoir un enfant malade ou anormal est un risque qui existe pour toute grossesse et dont les parents sont informés !
Oui, mais le risque est globalement faible. D’ailleurs, différents dépistages servent à limiter ces risques ! L’interruption médicale de grossesse aussi. Ensuite, je considère que si on a la possibilité aujourd’hui en France de donner son enfant à la naissance, c’est aussi pour aider les gens dans une telle situation, des parents pas capables de surmonter cette épreuve. D’ailleurs, 600 enfants sont confiés chaque années à la naissance.
Les médecins ont compris votre décision ?
Non, la pédopsychiatre du service de néonatalogie a même tenté de nous culpabiliser. Elle se servait de notre fille aînée. En disant par exemple que lorsqu’Orphée rentrerait de l’école avec des mauvaises notes, elle aurait peur d’être abandonnée. En fait, ils cherchaient à nous faire changer d’avis. Pour eux, il n’y a qu’un monstre qui peut abandonner un enfant !
Peut-être parce qu’ils pensaient que vous étiez sous le choc de l’annonce et que vous alliez évoluer, comme tous les autres parents ?
Non. Dans sa tête, elle n’acceptait pas du tout notre choix. Elle nous jugeait. Parce que ce type de démarche est encore très tabou.
Et comment votre entourage a réagi ?
Au début, ma famille n’a pas compris mon geste. Puis ils ont réfléchi. Et ils ont fini par comprendre. Et même par respecter ce choix. Mes amis ont plutôt été dans la compréhension. Après, les gens sont beaucoup dans le jugement. Donc je n’ai pas argumenté. Je leur ai laissé le temps de réfléchir.
Comment avez vous vécu les semaines d’après ?
J’étais en état de choc pendant quelques semaines. Mais en réalité le deuil d’un enfant dure toute la vie.
Vous avez eu d’autres enfants ?
Non. Il n’en était plus question.
Vous ne regrettez pas d’avoir abandonné cet enfant ?
Dans le mot abandon, il y a une notion de délaissement. C’est plus juste de dire qu’on a confié notre enfant. Même si Ulysse est finalement mort à seulement 35 jours, à l’hopital, donc sans être adopté.
Votre enfant est mort seul à l’hôpital ?
En réalité, il y avait une aumônière qui était à l’hôpital le jour de so décès et qui l’a donc accompgné vers la mort. Et uis il y aait aussi les médecins, les infirmières... On a appris la nouvelle par téléphone. Le médecin nous adit que c’était fini.
Vous referiez la même chose ?
Si c’était à refaire, je referais exactement la même chose.
Pourtant, si vous écrivez ce livre aujourd’hui, c’est bien que vous avez un conflit intérieur ?
C’est vrai que pour moi, ce livre est une thérapie. Mais je veux surtout essayer de déculpabiliser les parents qui eux aussi ont dû faire ce choix. Et les enfants abandonnés, qui ne doivent pas avoir honte.
Mais en vous dévoilant ainsi, vous n’avez que des coups à prendre, des jugement moraux à subir ?
En publiant ce livre, il y a sûrement des gens qui vont me juger. Clairement, je prends des risques. Mais je veux surtout que ce témoignage serve à ce que les mères ne se cachent plus.
« INVIVABLE »
Pédopsychiatre à la clinique Natecia, Marie Titeca-Salvarelli accompagne les parents qui abandonnent ou perdent leur enfant à la naissance.
Les abandons à la naissance sont fréquents ?
Marie Titeca-Salvarelli : Non, c’est exceptionnel. Cette année, on n’en a eu aucun. Tout simplement parce que les femmes qui abandonnent leur enfant accouchent en général sous X. les bébés sont ensuite placés en pouponnière et les familles ont un droit de rétractation de 3 mois pour revenir sur leur décision et éventuellement retrouver leur bébé. Elles ne se décident pas après la naissance.
Donc pas d’abandon d’enfants handicapés ?
Non. En général, à l’annonce, les parents s’effondrent. Ils ne sont pas préparés car ils attendent un événement heureux avec un enfant en bonne santé. Donc le plus souvent, à l’annonce d’une malformation ou d’un handicap, il y a un état de sidération psychique, d’effondrement et même de persécution. En fait, ils vivent ce moment comme une injustice.
Ils sont tentés d’abandonner cet enfant ?
Non, ils finissent par accepter la réalité. Notre rôle, c’est justement d’accompagner les parents dans le processus de deuil, de perte et de réorganisation de leur personnalité. Mais le passage à l’acte, c’est à dire le fait de dire qu’on ne veut pas de l’enfant et qu’on ne l’élèvera pas, relève plus d’un processus psychique d’effondrement de la personnalité ou en tout cas d’une désorganisation importante.
Mais ne pas avoir un enfant parfait aujourd’hui, ce n’est pas concevable !
C’est vrai que notre société actuelle ne tolère pas beaucoup les imperfections. Surtout à l’heure du tout diagnostic, du contrôle et de la maîtrise prénatale. Se retrouver avec un enfant qui ne serait pas idéal, pour certaines personnes, c’est juste invivable.
Je mentionne le site du magazine, puisqu’il figurait dans l’article original, mais curieusement, sur le site lui-même, je n’ai trouvé aucune trace de l’entretien avec Edwige. Si vous avez plus de chance que moi, merci de me donner le lien.
... des pages de ce même carnet, archivant les articles par thème : Architecture ronde, Conso, Art, Lectures etc.
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