Partager l'article ! Fermons les !: ur les dispositifs d’ouverture facile, on a déjà beaucoup daubé ...
ur les dispositifs d’ouverture facile, on a déjà beaucoup daubé : les languettes qui te restent dans les mains, les coins à soulever qui te narguent, les trucs à déchirer qui t’attendaient pour foirer, les bagues dont la ressemblance avec les goupilles de grenade devient brusquement évidente quand ta canette t’explose à la figure... Bref, trop souvent, on ne voit pas bien ce qu’il y a de facile là dedans, à part l’envie de tuer.
Mais les dispositifs de fermeture de nos emballages me semblent moins documentés et c’est à cet oubli regrettable que va tenter de remédier cet article que tout le monde attendait sans trop l’espérer et dont le dispositif sophistiqué de fermeture du pain de mie Jacquet aura été le déclic. Mais n’anticipons pas.
Je ne pensais pas qu’il y en eût autant, ce qui prouve bien que le génie humain n’est jamais aussi fécond que dans l’inutile. Tu dis ? Ce carnet en est également une preuve ? Merci, c’est gentil.
On va commencer par réviser nos classiques :
Sur les couvercles à pas de vis des bocaux, pas grand-chose à dire. Le dispositif a fait ses preuves de longue date. Tu tournes ça dans le sens des aiguilles d’une montre de l’hémisphère nord et c’est fermé hermétiquement. Ne pas oublier que le bocal et son couvercle se recyclent dans des poubelles différentes.
On peut s’interroger sur la réelle fonction du couvercle des fromages qui puent. Décorative je pense et destinée à afficher la raison sociale du contenu. La boîte elle-même pourra retenir un moment les débordements du fromage, mais pas du tout ses exhalaisons. Pour ça, préférer une boite hermétique, ou un container en plomb. On remarquera au passage le petit torchon bleu qui déborde, destiné à authentifier les prétentions rurales du produit, de même que son nom, pyrogravé. De là à penser que notre camembert a grandi dans les vertes collines du Montana, où il fut capturé au lasso par le cow-boy Marlboro et marqué au fer rouge, il n’y a qu’un pas. Enfin, il est important qu’à l’achat, ce couvercle puisse être enlevé, pour que ton pouce expert puisse vérifier que ton fromage est « fait », comme si ce geste ancestral pouvait le distinguer à tes yeux seuls des trois millions cinq cent mille autres sortis de l’usine ce jour là, tous rigoureusement identiques.
Tiens ? Revoilà ce bouchon auto-perçant destiné à refermer les briques entamées, du moins pour celles n’ayant pas prévu de l’être. Nous avons fait connaissance avec lui lors de l’inventaire du tiroir N°3. Ça fait donc deux fois en quelques mois qu’il se retrouve sous les feux de l’actualité. Bientôt une nomination aux oscars ? Le bouchon en liège, lui n’a pas forcément vocation à être réutilisé pour fermer la bouteille d’où on l’a extrait, mais en insistant, il peut l’être. En ce qui concerne la pince à linge, elle servira utilement à fermer tous ces sachets imprévoyants, n’ayant ni zip, ni scratch, ni adhésif, bref, les mauvais élèves du frigo, ceux n’ayant jamais leurs affaires.
Encore un grand classique que ce système de fermeture des bocaux, sophistiqué, qui nous fait entrer de plain-pied dans une difficulté qu’on retrouvera plus loin dans cet article, celle du vocabulaire. Tu appelles ça comment, toi, ce truc ? Fermeture mécanique ? Ici, nous, on y met le gros sel et ce bocal bleu est le seul représentant de son espèce.
Même difficulté pour nommer les systèmes de fermeture de ces salières. À gauche on presse, à droite, on coulisse (tiens, ça ressemble à un programme électoral), et on voit parfaitement comment tout ça fonctionne, mais ça s’appelle comment ? Sinon, dans la famille « A coulisse », mais là en rond plutôt qu’en long, j’ai les cure-dents :
Mais il serait peut-être temps d’entrer dans le siècle, par exemple avec ce bouchon vissant qui n’est classique qu’en apparence. Les cannelures de son pas-de-vis signent à coup sûr sa contemporanéité. Très malin. Tu tournes doucement, le gaz dissous dans ton eau pétillante s’échappe, permettant à ta boisson d’ajuster sa pression interne à son environnement sans faire geyser. J’ai vu l’inventeur de ce truc dans une émission télé. Il était assez fier de lui, et il y a de quoi, mais il n’a pas touché un sous sur le brevet, vu qu’il bossait pour une entreprise qui elle, a dû s’en mettre plein les poches. Il parait que depuis, il creuse des cannelures sur tout ce qui tourne pour essayer de rattraper le coup. Nan, je plaisante. Je n’en sais rien.
Sans doute antérieur, puisqu’inventé par Richard Drew en 1930, un mardi, le ruban adhésif, sur lequel ne crache plus nos emballages pour être refermés. Comme on le verra plus tard, certains deviennent d’ailleurs tellement sophistiqués qu’ils prévoient un mode d’emploi. Malgré les apparences, ce n’est pas le cas ici. Le mode d’emploi du sachet de riz ne concerne que son ouverture.
La sophistication ne s’accompagne pas forcément d’accessoires, de matériaux ajoutés ni de concepts tirés par les cheveux. Je n’en veux pour preuve que ces deux exemples d’emballages « autosuffisants » pour leur fermeture. On notera que la rusticité triviale des ergots est tout à fait raccord avec le matériaux de l’emballage des oeufs, ainsi qu’avec les oeufs. Habile également, quoiqu’un peu subliminale, l’association ergot-coq-poule-oeuf. Sophistication simple également pour les encoches des céréales. Fermer le paquet ne sert à rien puisque tu le ranges dans un placard, où il ne risque pas de se renverser, mais puisque les trucs ouverts te contrarient fortement, celui-là au moins est simple à refermer.
Le terme de « zip » me parait ici un peu usurpé, mais il semble que ni Friskies ni moi n’en ayons trouvé de meilleur. Zip, pour moi, ça évoque plutôt une « fermeture éclair » et donc la présence d’un curseur permettant que les deux bords d’un truc à fermer se solidarisent. Ici, on est plutôt à l’intérieur du paquet que sur ses bords et le curseur brille par son absence. En revanche, on voit bien apparaître le mode d’emploi annoncé plus haut. Ce zip là consiste en une bande, jaune, collée à l’intérieur du paquet, pliée en M, et dont le profil en coupe transversale permettrait de comprendre comment ses bosses se coincent dans ses creux, si mon microscope à balayage n’était pas en panne. Tiens, ça me fait penser que le balayage tout court aussi semble en panne. Bref, tu appuies, ça coince et je ne sais pas si les qualités organoleptiques du contenu s’en trouvent ainsi conservées, comme le promet l’emballage, mais au moins ton placard ne pue-t-il pas la croquette.
Le même principe est à l’oeuvre sur mon paquet de poison. Ça ressemble à du Velcro, mais ça n’en est pas. Le velcro, le vrai, suppose des minuscules crochets sur la partie A et des bouclettes sur la partie B. Ici, les deux sont rigoureusement identiques. J’ai vérifié. C’est à dire que si tu appuie la partie A de ce paquet sur la partie A d’un autre paquet, ça tient. Un examen au microscope permettrait de voir comment les picots s’accrochent dans les rainures, mais par suite d’encombrements, votre demande ne peut aboutir. Reste que ça fait « scratch ! » quand on ouvre.
Le voilà, le sachet de pain. Un emballage très « couture » puisque il met en oeuvre un système de fronce. Encore un exemple du génie froncé. Le mode d’emploi mérite qu’on s’y arrête un instant : Pour ouvrir, tirez sur les bords du sachet. On s’en fout, l’ouverture n’est pas le sujet de cet article. Pour fermer, 1 - prenez dans chaque main un fil de couleur différente, 2 - tirez.
Je ne trouve pas ça très explicite. Ou plutôt, je trouve importante la part d’implicite. Déjà, on suppose que vous êtes seule, ou que votre partenaire ne participe décidément pas beaucoup à cette tache ménagère consistant à refermer le sachet de pain. S’il entreprenait de vous aider, on se trouverait alors avec quatre mains disponibles et « prenez dans chaque main un fil » serait insuffisant pour savoir dans quelle main de qui, quoi. A moins que... Mais oui ! C’est prévu. Ce détail m’avait échappé mais il semble que la situation ait bien été envisagée par Monsieur Jacquet : les fils sont doubles. Donc si votre moins bonne moitié décidait ce matin là de rompre la tradition multimillénaire consistant à ne pas faire grand-chose pour vous aider avant le petit déjeuner, et rien après, il pourrait tirer des deux mains les deux brins du fil rouge, ou blanc, pendant que vous tirerez sur l’autre. A vous les joies des menus travaux partagés !
De même « tirez » me parait laisser beaucoup trop d’implicite. Imagine, je sais pas moi, que ce paquet de pain de mie arrive sur la table d’un tueur à gages... « Tirez ! » risque d’entraîner chez lui un réflexe malheureux ! Tu me diras, au moment précis où arrive cet ordre, il est sensé avoir chacune de ses deux mains occupé à tenir un fil. Oui, ben moi je dis qu’on ne sait jamais et « Tirez sur les fils » me paraîtrait une indication plus prudente.
On notera enfin que ce mode d’emploi est répété avec une insistance que je trouve un peu désobligeante. Huit fois sur le pourtour du paquet. Ceci dit, j’imagine sans peine Mélanie (de Tours), un peu effrayée devant la nouveauté de cet emballage, lire scrupuleusement les instructions de fermeture, en fronçant un peu ses charmants sourcils, puis l’opération effectuée avec succès et soulagement, cocher au gros feutre indélébile l’étape à laquelle la voilà rendue, ce qui impose, c’est vrai, qu’elle dispose non loin d’une version vierge pour renouveler l’exercice.
... des pages de ce même carnet, archivant les articles par thème : Architecture ronde, Conso, Art, Lectures etc.
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