Partager l'article ! Froid: ENDREDI. &nbs ...
Vie thermométrique. Le froid alimente les caisses des marchands de moufles, les informations, les conversations. Celles-ci sont riches en données chiffrées. Plusieurs exemples aujourd'hui, au café, dans le train, au boulot. Chacun y va de sa propre constatation : "Ce matin, chez moi, moins x." Et, immanquablement, un interlocuteur se lève pour dire que chez lui, ce n'était pas moins x, mais moins x - 1. Le pompon ce matin avec un collègue qui a cloué tout son monde : "Chez moi ce matin, en ouvrant les volets, moins 17,9". Il s'agit moins, dans ces futiles guéguerres entre imbéciles heureux qui ont froid quelque part, de battre des records que de marquer son territoire en affirmant ce qu'il a d'unique : ce qui est important, ce n'est pas le moins 12, le moins 17 ou le moins 48, c'est le "chez moi".
Philippe Didion - notules dominicales de culture domestique (522)
Nous, il faisait tellement froid dehors, qu’on a regardé « Volcano » puis, dans la foulée, « Le pic de Dante ».
... des pages de ce même carnet, archivant les articles par thème : Architecture ronde, Conso, Art, Lectures etc.
Ces imbéciles heureux qui ont froid quelque part (allusion brassensienne cocasse et réussie)... Au risque de passer pour un chieur parmi les chieurs, je te rajoute la mienne, en te jurant sur toutes tes vitres en jardins de givres (ça c’est du nelliganien) qu’elle est authentique. Je suis en train de pelleter ma neige et je contemple les arbres de la rue qui brillent d’un verglas dur comme du celluloïd, agglutiné, comme badigeonné, sur les branches et les troncs. Magnifique. Féerique. Genre carte de Noël pas réaliste de trop scintiller, et c’est sur ma rue. La voisine d’en face se pointe, plus tirée vers moi qu’autre chose par son chien de traîneau qu’elle tente de promener. Nous avons l’échange suivant, je te le jure une autre fois, authentique et parfaitement spontané :
Ma voisine : Tout ce verglas. Toute cette glace sur les branches des arbres. Je suis du Saguenay. Je n’en ai vraiment pas l’habitude. Au nord, on a pas ça.
Moi : Je vous dis, j’ai vécu depuis mon enfance autour de l’île de Montréal. C’est la première fois en cinquante trois ans que je vois une affaire pareille. Ça doit être le réchauffement climatique.
Ma voisine : C’est bien vrai qu’on dirait qu’on avait pas ces poussées de temps doux dans notre enfance.
Cet échange surréaliste parce qu’au Québec, début février, mon Jimidi, des branche d’arbres scintillantes de verglas, c’est un signe de temps doux... C’est que normalement, tu vois, ça tombe en neige. Une neige poudreuse, blanche vive, aux petits grains autonomes et durillons comme des granules de sucres, trop serrés de froidure pour fusionner en une glace uniforme. Elle se pose par paquets denses, genre nuage, dans les branches en parasols des grands conifères, pas par coulis épais de glace translucide sur les branches et les troncs de ces pauvres feuillus désherbés, au risque de les alourdir au point de les casser. La glace uniforme dans les arbres, le verglacé au sol, c’est un trait d’hiver doux, par chez nous.
Signé : un imbécile québécois qui a froid partout
(Ah ben oui, c'est mieux ainsi) Tiens, tout ça me donne envie de mettre en ligne les photos de la ballade de tout à l'heure...