Partager l'article ! La Princesse de Clève : ça, c'est fait.: orcément, un livre au titre ...
orcément, un livre au titre aussi peu saignant, écrit au dix-septième siècle : envisager sa lecture peut apparaître comme résultant d’un geste désespéré, même s’il ne fait que deux cent pages. D’ailleurs si je tenais le crétin qui en a parlé ici... Je le remercierais. Parce qu’en fait, ça se lit très bien. Tu as complètement oublié ce qui passait à la télé au XVIIe ? Louis XIV, Molière, Corneille, La Fontaine, Racine, La Bruyère, L’Odéon. Ah non pardon, pas L’Odéon. Il est bien dans le XVIIe, mais à Paris, rive droite. De toute façon, le dix-septième on s’en fout un peu, puisque le roman se déroule entre octobre 1558 et novembre 1559, un mardi, à la cour du roi Henri II, un Valois.
C’est une histoire d’amour. Mais c’est au roman sentimental ce que le concept car est à la grande série : un prototype. On y retrouvera donc toutes les figures d’un genre développé depuis ad nauseam, mais qui ont ici le charme de l’ancien. Bien sûr, faut aimer l’ancien ; ça va pas avec tout. L’intrigue se déroule quasi exclusivement à Paris entre roi, reines (y’en a plusieurs), princes et princesses, courtisans et zanes, et je me suis dit tout le long que ces gens là se seraient éclatés avec Facebook et les SMS. Mais comme ils n’ont pas, il remplacent par le subjonctif. Autant vous le dire tout de suite, les deux personnages principaux vont tellement se prendre la tête et s’entortiller dans leurs états d’âme, qu’ils n’arriveront pas à conclure.
Du coup, j’ai attaqué le suivant sur l’étagère : « Madame Bovary » et je m’éclate.
La Princesse de Clèves d’après Wikipédia
La Princesse de Clèves est un roman publié anonymement par Marie-Madeleine de La Fayette en 1678. Le roman prend pour cadre la vie à la cour des Valois « dans les dernières années du règne de Henri Second », comme l'indique le narrateur dans les premières lignes. Il peut donc être défini comme un roman historique, même s'il inaugure, par bien des aspects (souci de vraisemblance, construction rigoureuse, introspection des personnages) la tradition du roman d'analyse dont se réclamera une partie de la modernité.
La Princesse de Clèves témoigne également du rôle important joué par les femmes en littérature et dans la vie culturelle du XVIIe siècle marquée par le courant de la préciosité. Madame de La Fayette avait fréquenté avant son mariage le salon de la marquise de Rambouillet et, comme son amie Madame de Sévigné, faisait partie du cercle littéraire de Madeleine de Scudéry, dont elle admirait les œuvres.
Roman fondateur, La Princesse de Clèves est évoqué comme l’un des modèles littéraires qui ont inspiré Balzac, Raymond Radiguet ou même Jean Cocteau.
Réception de l’œuvre
La réception de La Princesse de Clèves a beaucoup évolué au fil des siècles, ainsi qu'en témoigne Marie Darrieussecq dans l'interview qu'elle accorde en 2009 à Flammarion pour la nouvelle édition du roman : « Les premiers lecteurs de Mme de Lafayette, au XVIIe siècle, le jugèrent invraisemblable: quelle épouse pense devoir informer son mari de ses tentations adultères ? Au XVIIIe siècle, cet aveu, on l'a trouvé charmant. Au XIXe, immoral. Au XXe, idiot : mais qu'elle l'épouse donc, son bellâtre de cour ! Et au début du XXIe, on dit qu'il ne faut plus lire ce livre. »
Réception au XXIe siècle
La conjoncture politique française des années 2007-2009 redonne une certaine notoriété au titre du roman. En effet, en tant que candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait ironisé sur la présence de l’œuvre au programme de l’oral du concours d’attaché d’administration. Des voix s’élèvent dans l’opposition de droite, où ces propos sont perçus comme une atteinte au patrimoine culturel de la France et dans l’opposition de gauche. Les remarques du candidat et du président sont en général peu commentées dans l’actualité. En revanche elles sont exploitées par le mouvement d’opposition à la politique universitaire de Valérie Pécresse, les enseignants envoyant à l’Élysée des exemplaires du roman. Dans les manifestations, des pages sont lues au mégaphone. Une parodie circule pendant le mois de février 2009. En mars 2009, à l’occasion du Salon du Livre de Paris, un badge Je lis La Princesse de Clèves est distribué à l’initiative de l’Observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France.
En 2010, La Princesse de Clèves est au programme de l’épreuve de Lettres commune aux Écoles Normales Supérieures d’Ulm et de Fontenay-Saint-Cloud.
... des pages de ce même carnet, archivant les articles par thème : Architecture ronde, Conso, Art, Lectures etc.
Ah oui, donc vraiment pas pour moi quoi.
Heu... A cause du subjonctif ?
A cause de "Bien sûr, faut aimer l’ancien ; ça va pas avec tout."
Tu me brises le coeur ! Mouhahaha !
Je parlais pas de toi quand je disais l'ancien hein
On dis ça ! (je te taquine)
Les amoureux qui sautent par-dessus les bancs
Sus-les bancs Sus-les bancs
En s'foutant pas mal du r'gard oblique
Des invités au bal
Les amoureux caressant un noeud à leur canne
à leur canne à leur canne
En lisant des "Je t'aim'" pathétiques
Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques
Oui, c'est ancien. La (Le) première (premier) qui donne les références (chapitres) des allusions ci-dessus peut gagner une page sur Libellus - après tirage au sort.
Jimidi, es-tu sur Facebook ?
Non, comme ça...
Alors là, comme ça, je reconnais du Brassens, mais sans le reconnaître tout à fait et oui, je "suis" sur Facebook, c'est à dire que j'y ai un compte, des amis, un mur et j'y vais de temps en temps. Pourquoi, tu veux l'adresse ? On a une adresse, sur Facebook?"
L'adresse !
Sur FB, je m'appelle Emile Tandonnet, j'avais ouvert un compte, resté muet, il y quelques années. Je ne sais pas utiliser FB.
Emile Tandonnet = Etant donné(s) [dernière oeuvre de Marcel Duchamp]
J'ai déjà lu ton commentaire, Jimidi : "Mouahaha", non ?
Tu ne refuseras pas ce bon vieux Emile parmi tes amis ? Il est discret, propre et il utilise les couverts dans le bon ordre (il a vu Titanic).
C'est fait !
La soluce.
La chanson détournée de Brassens évoque deux clés du roman.
Premièrement, la rencontre de la princesse et du duc de Nemours au cours d'un bal. Nemours arrive en retard et, frappé à la vue de la belle, il enjambe, hop ! les bancs qui le sépare de l'obscur objet du désir, ce qui, même en ces temps anciens, ne se fait pas, à moins de ne plus être maître de soi.
(Première partie)
Plus tard, Nemours, dissimulé, observe Mme de Clèves, retirée en pleine forêt dans un pavillon : elle tresse des noeuds à une canne des Indes qu'il avait portée peu de temps auparavant.
(Quatrième partie)
Bon, même si j'ai connu une polonaise qui en lisait des pages au petit-déjeuner, il faut reconnaître que c'est plutôt un roman pour les hommes.
(adaptation libre des Tontons flingueurs, scène de la cuisine)
Pour les hommes ? Tiens ? Je suis d'un avis diamétralement opposé.
Dans Les Tontons flingueurs, qui n'est pas un film de Jean-Luc Mélenchon, cela signifie "requérant de la force". Le roman de Madame de la Fayette est difficile à lire. Il a été au programme des lycées il y a quelques années alors que la plupart des élèves (et en Terminale littéraire) rêvent de Pennac.
En fait la difficulté vient de la manière de faire lire. J'aurais dû préciser pour Le Cimetière de Prague qu'il y avait quelques prérequis sans la maîtrise desquels le roman est illisible (je l'ai indiqué dans un forum où cela s'imposait en réponse au sujet posé).
Dans La Princesse, on n'échappera pas à l'épluchage de la scène dite de l'aveu qui a ceci de remarquable que personne n'y avoue quoi que ce soit alors qu'à la fin, la rupture due à "l'aveu" est consommée.
- Ne me contraignez point, lui dit-elle, à vous avouer une chose que je n'ai pas la force de vous avouer, quoique j'en aie eu plusieurs fois le dessein. Songez seulement que la prudence ne veut pas qu'une femme de mon âge, et maîtresse de sa conduite, demeure exposée au milieu de la cour.
- Que me faites-vous envisager, Madame ! s'écria monsieur de Clèves. Je n'oserais vous le dire de peur de vous offenser.
Madame de Clèves ne répondit point ; et son silence achevant de confirmer son mari dans ce qu'il avait pensé :
- Vous ne me dites rien, reprit-il, et c'est me dire que je ne me trompe pas."
(Troisième partie)
[copié ici
http://lettres.ac-rouen.fr/francais/tendre/cleve1.html
le texte du XVIIe siècle est en orthographe moderne (et j'ai la flemme d'aller chercher mon édition vintage des années '60)]
La scène est beaucoup plus longue mais on n'en apprend pas davantage.
J'ai fait l'expérience ou l'essai de cette manière de cruauté récemment.
_ [Lou à Monsieur C.] Quelle idée t'est passée par la tête de me faire ce que tu m'as fait sans même m'en parler ?
_ [Monsieur C.] Bon, je ne reviendrai plus.
_ Oui, tu as compris, tu as compris que j'avais compris.
Impossible de savoir de quoi il est question sauf pour le coupable (et l'enquêteur). On trouve une réplique qui a produit l'inspiration du moment dans Coup de torchon de Bertrand Tavernier (adapté de 1275 âmes) :
_ Ben oui, tu as compris, poil au chien, maintenant tu ne peux plus rien faire sinon prier pour que les cadavres ne remontent pas.
Oui, que ce soit pour une oeuvre d'art ou un ouvrage littéraire, il faut trouver une accroche dans l'expérience personnelle - dans celle de l'autre si on enseigne à regarder ou à lire.
Voilà qui est typique des subtilités du roman "Mme de L.", qui me confirme dans l'idée qu'on a là une sorte de prototype du roman sentimental, genre dans lequel le lecteur testostéroné que je suis se retrouve peu. Mais c'est à cause de la subtilité du dire sans dire tout en disant bien sûr, pas du sentiment.