Partager l'article ! Les couleurs vives: ...
'est toujours une question pour moi, quand je vais faire un petit tour sur le carnet de Jo, de Christian, de Céanothe, pour m'y goinfrer de bonnes photos et que je tombe sur l'une ou l'autre particulièrement extraordinaires : le savent-ils ? Attention, je sais bien qu'il y a sur leurs carnet trop de bonnes photos pour qu'elles ne soient que le fruit du hasard (même s'il compte) ou le résultat d'un mitraillage suivi d'un tri rigoureux. Nos trois photographes ont « l'oeil ». Mais souvent, dans une bonne série, il me semble que l'un ou l'autre de leur cliché se détache nettement. Il est là, au milieu d'autres, parlant de la même chose, mais me semble-t-il d'une voix un peu différente.
Tiens, prends par exemple la série des ipomées bleues de Jo. La connaissant, elle a du les mitrailler sous toutes les coutures, puis choisir ses trois plus beaux clichés, regrettant une nouvelle fois de devoir se limiter, mais les autres fleurs ont aussi le droit de cité, et celles-là arrivant dans son billet du 7 septembre après QUATRE VINT DIX autres photos (accroche toi), il ne faudrait quand même pas étouffer le lecteur. Bref, Jo choisi trois photos d'ipomée, dont deux très belles et une extraordinaire. Le sait-elle ? Tu dis ? Elle l'espère ? Oui, nous espérons tous voir ce que nous faisons effleuré un instant par l'aile de la Grâce et revêtir alors un caractère exceptionnel. Nous faisons tous, tout ce qu'il faut pour, et constatons que ça ne marche pas à chaque fois. De plus, un élément totalement hors de contrôle est nécessaire pour sortir du lot, c'est d'être élu, autrement dit, de jouir de la faveur exceptionnelle de l'Autre, du spectateur, du vis à vis.
Ah, je crois que ça va être à moi.
Je ne vais pas me lancer dans une sorte de jeu des sept erreurs entre photos d'ipomée, ni chercher en les comparant ce qui distinguerait particulièrement l'une des trois. Admirer celle qui me touche particulièrement suffira à mon bonheur. Pas besoin de dévaluer quoique ce soit pour le rehausser. D'ailleurs, de manière générale, je crois volontiers que la beauté se suffit à elle-même pour briller et nous éblouir.
On retrouve sur le cliché de Jo, qui ouvre ce billet, sa veine lyrique. Ce sont des fleurs, bien sûr, mais il y a également à l'évidence, un hymne. D'ailleurs la forme en trompette, en pavillon de gramophone, invite à la musique. Je trouve très musicale également la disposition des fleurs, orientée dans toutes les directions de l'espace, indiquant bien une idée de volume.
Puis il a le bleu, bien sûr ! Je ne sais pas si tu as remarqué, mais il y a en arrière plan, en bas à droite, quelque chose qui pourrait bien être une camionnette France Télécom ou Gaz de France, bleue également, mais d'un bleu très différent de celui que se partagent les fleurs et le ciel. Ce dernier est un bleu quasi indigo et les fleurs semblent le boire directement dans l'azur pour ensuite le concentrer sur elle grâce à leur forme en entonnoir.
Enfin, détail qui tue, mais Jo nous l'avait déjà très efficacement servi pour des iris restés depuis épanouis dans mon souvenir : le contre jour en contre plongé. Là, c'est la fleur la plus à gauche qui s'y colle. Le soleil passe à travers elle, et je ne vois pas de meilleure façon de dire qu'alors, elle boit le ciel.
Christian, lui, suis une veine plus allégorique. D’ailleurs, c'est à lui que j'ai piqué le titre « Les couleurs vives ». Sa série « Les couleurs de la vie dans la Têt » est tout à fait remarquable et, me semble-il, la photo que j'ai choisie, tout particulièrement. Christian nous rappelle dans son billet qu'il aime les photos d'eau. Je ne crois pas qu'il ait jamais dis pourquoi, mais on peu raisonnablement le supposer en se souvenant que l'eau qui s'écoule est une métaphore oh combien courante ! (hi hi !) du temps qui passe. Tu vois le tableau ? Le poète, le philosophe, le peintre, toi, moi, nous interrogeons sur l'eau du temps, qui coule sans que rien ne la retienne mais Christian, lui, avec la ferveur qu'on lui connaît, (Ne change rien !) va chercher et trouve, sous son objectif, à travers l'eau, les couleurs vives. Quelle belle profession de foi, faite d'optimisme et d'espoir !
Du coup, la photo qui a retenu mon attention, me paraît tenir cette position de la plus belle et de la plus complète façon qui soit, avec ses racines grisonnantes veillant sur celles, éclatantes de vie, baignées par la rivière. Vieillesse, jeunesse, temps qui passe, couleur vives et couleurs passées... Chacun aura là les ingrédients de sa propre histoire, mais celle que nous raconte Christian fait beaucoup de bien.
Céanothe, elle, est habituée des clichés exceptionnels, elle les cultive, et le résultat de son travail doit sans doute beaucoup moins à la chance que nos jolies photos. On jugera de l’étendu de son talent en constatant qu’à partir d’un sujet banal - un papillon sur une fleur - elle en tire bien autre chose qu’un bucolique souvenir de vacance. Il y a là une tension sourde que renforce l’éclairage crépusculaire qu’elle a donné à la scène. Les trois autres clichés que j’ai rapporté pour vous de son carnet ne sont pas mal non plus : Ce coquelicot est aussi dramatique qu’une muleta de torero. Le paysage à l’air fin prêt pour accueillir on ne sait quelle catastrophe et cette fleur bleue, peut-être une gentiane, à l’air d’avoir été surprise en plein effort, tendue vers on ne sait quelle espérance.
D'autres photos de ces trois
photographes là...
... des pages de ce même carnet, archivant les articles par thème : Architecture ronde, Conso, Art, Lectures etc.
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