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Je t'explique. À la suite du trop gentil commentaire de Jean-Claude Chaillou sur mon article d'hier, je me suis trouvé un peu con d'en avoir dit si peu. Parce que bon : J'aime ; regardez comme c'est bien ! ce n'est pas faux, mais peut-être un peu court. Du coup, j'ai quand même envoyé un mail à JCC et en attendant sa réponse, j'ai pensé à un texte sur cette aquarelle aux oignons blanc, si belle. Dans l'intervalle, JCC m'a adressé non pas un mail, mais trois m'envoyant en six fichiers ce qui semble bien être un échantillon très représentatif de son oeuvre peint, avec quelques mots d'explication, de commentaire...  Bonheur total ! Tout ça pour dire que tu n'as pas fini de t'en mettre plein les mirettes. Mais comme à chaque jour suffit sa peine, je mets d'abord en ligne ce qui est prêt. Pour les repros transmises, tu ne m'en voudras pas trop j'espère, mais je compte bien en profiter égoïstement encore quelques heures avant de les montrer.

 

 

 

 Jean-Claude CHAILLOU - Natures calmes - Oignons

 

 

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ette aquarelle de Jean-Claude Chaillou se laisse pour moi voir en trois temps. J'espère que vous aimez la valse * ? Le premier temps est celui de la rencontre fortuite. Vous vous baladiez sur l'avenue, le coeur ouvert à l'inconnu, ou de blogs en carnets sur la toile, ou dans une vraie librairie de livres en livres et là, par hasard, vous tombez sur ces oignons blancs. Cette rencontre est plutôt sympathique, comme pourrait l'être un frais visage en vis à vis dans un transport en commun. Jean-Claude Chaillou et ses oignons ont l'exquise politesse de nous offrir, pour ce premier temps de rencontre, un abord simple, immédiatement identifiable. Ici, le recours au titre de l'oeuvre n'est pas nécessaire pour organiser son contenu en une image reconnaissable. Il s'agit d'oignons, et ça se voit. Ce premier temps est donc celui d'un abord confiant. On ne sait peut-être pas exactement où va nous conduire cette aquarelle, mais au moins sait-on avec qui, avec quoi entreprendre le voyage de sa contemplation.

 

Le deuxième temps est celui de la curiosité et des interrogations : ces oignons prenant tranquillement leur pose alanguie, ne reposent... sur rien et s'ils occupent magnifiquement l'espace de leur support, on ne saurait dire avec certitude si on est dehors ou dedans, au jardin ou en cuisine. Les oignons, ceux-là même nous ayant accueilli sans malice, semblent perdre dans ce deuxième temps cette réalité tranquille, particulièrement leur feuillage, bien moins réalistes que les bulbes. Du coup, l'espace apparemment vide, autour, immense, flou, peut déconcerter et jeter un doute sur les intentions du peintre. Et si notre première impression avait été trompeuse ? Et si, pensant tenir solidement la rampe du sujet d'une main et dans l'autre les intentions de l'artistes, nous les sentions se dérober, nous laissant face à tout cet espace, libre de l'occuper à notre guise, certes, mais un peu seul ?

 

Heureusement dans un troisième temps, on réalise que Jean-Claude Chaillou - et c'est là son immense talent - met à notre disposition juste ce qu'il faut de mouvement, de lumière, de reflet, de matière, de ligne, de couleur, pour nous accompagner sans nous perdre dans cette "nature calme", comme il dit mieux que "nature morte".

 

On est descendu au jardin ce matin, sans doute appelé dehors par un je-ne-sais-quoi dans la lumière. Du coup, on est allé voir où en était le printemps et si oui ou non les beaux jours étaient encore loin ou si celui-ci était le premier. On a sorti de terre quatre ou cinq oignons blancs, pas encore une récolte, juste assez pour conforter ce que semblait annoncer la lumière et voir si de leur côté, les légumes promettaient la même chose. On a passé les oignons sous l'eau et, posés là, encore en botte, avant toute préparation, nous les avons trouvés si touchants dans leur clarté naïve, qu'il nous a bien fallu nous arrêter pour les regarder. Nous avons vu leur chair, traversée de lumière, comme la nôtre ne le sera jamais, opaque que nous sommes. Nous avons vu cette chair aussi fraîche à l'oeil qu'elle sera plus tard croquante en bouche. Nous avons vu dans ce blanc translucide et gourmand quelque chose de virginal, mais d'hivernal aussi, puisque associé au vert sombre du feuillage, un vert de poireau, de sapin, ayant passé la mauvaise saison dehors. Alors nous avons compris le reflet dans l'eau restée sur la table, la vapeur verte s'échappant de l'élan tendu du feuillage et la lumière envahissant tout, comme la joie efface les détails inutiles d'une peine : Le printemps n'était pas loin ; il est là.

 

__________________

 

* Si le mot "valse" évoque pour vous des robes à crinolines sous des lustres à pendeloques : oubliez. Beaucoup d'immenses chansons françaises sont des valses. "Ne me quitte pas" me parait bien être une valse. "La bohème" également, c'est particulièrement sensible dans son refrain et "Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous" est incontestablement une valse. Br'1 me contredira si elle le doit.

 

 

Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 22:17
- Publié dans : Peinture - Aquarelle - Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
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