Partager l'article ! Signé Chanel, un documentaire en cinq épisodes de Loïc Prigent: &nbs ...
eut-être avez vous suivi comme moi, d’abord par hasard, puis carrément fasciné, les cinq
épisodes de « Signé Chanel », un documentaire de Loïc Prigent diffusé sur Arte en début de soirée du 2 au 6 janvier 2012, dans lequel on suit la collection haute couture automne-hiver
2004-2005, des premiers croquis jusqu’au défilé final ?
On s’attache au fil des épisode à quelques personnages récurrents, tout particulièrement Madame Martine, première d’atelier, magicienne tranquille chargée du « flou » (« Tout va bien, j’ai dormi deux heures la nuit dernière. ») et, bien sûr, Monsieur Karl (Lagerfeld) dont le travail est finalement assez simple à définir chez Chanel : c’est Dieu. Il campe au fil des épisodes le personnage d’une divinité créant la mode à défaut du monde, en à peine plus longtemps que son homologue de là haut, avec l’assurance de ceux qui ne doutent de rien et surtout pas de voir exécutés le moindre de ses décrets divins. Mais il le fait sans hystérie ni brutalité aucune, avec pas mal d’auto-dérision et des gestes parfois touchants. Ainsi, participant au pot de départ d’une ouvrière ayant passé de nombreuses années chez Chanel, il lui demande de quelle robe elle était chargée pour cette collection et s’engage à lui en donner le dessin original. « Je veux bien être gentil mais je ne veux pas que ça se voie. » aurait-il déclaré un jour. Désolé Karl : ça se voit.
Mais le personnage qui résume à lui seul ce qu’on ne soupçonne pas des coulisses d’une collection de haute couture, c’est Madame Pouzieux, passementière, installée petitement à la campagne à Montargis, qui réalise des galons pour Chanel depuis 1947. Il faut dire que les galons chez Chanel sont un élément très important puisqu’ils viennent souligner la ligne des vestes de tailleur, en suivant le col, l’échancrure, les poches... Sur certains modèles, on semble jouer le contraste, mais pour d’autres, ceux précisément que confectionne Mme Pouzieux, il s’agit de retrouver le tissu du vêtement lui-même. Si j’avais dû réfléchir préalablement à la manière de réaliser un galon à partir d’un tissu, j’aurais imaginé, je ne sais pas, qu’on en prenait une bande et qu’on se démerdait pour lui donner l’apparence d’une sorte de ruban... Pas du tout. Mme Pouzieux, elle, commence par effilocher le tissu, c’est à dire qu’elle le détisse fil à fil, puis elle tortille ces fils en cordelière, en respectant les proportions de couleur et de matière du tissu de départ, puis elle tisse avec ces cordelières ses fameux galon, sur un petit métier à tisser à main. A l’arrivée, sur le vêtement, on voit bien que le résultat à quelque chose à voir avec le tissu du départ, mais c’est une sorte d’interprétation discrète et très étonnante.
Madame Pouzieux était là pour le défilé, car ce qu’ignore probablement Mélanie (de Tours), pourtant grande habituée des défilés de haute couture - j’ai cru l’y apercevoir non loin de Christine Scott Thomas et d’ Oprah Winfrey - c’est qu’en coulisse, les mannequins passent également devant l’ensemble des couturières, qui peuvent alors se rendre compte de ce que donne leur travail « en situation ».
Illustrations : La collection de cet automne-hiver là s’appelait « duo ». Je n’en ai pas trouvé de photo de bonne qualité, mais l’ensemble ne manquait pas de style. Les photos de Mme Pouzieux sont des copie d’écran du documentaire de Loïc Prigent. Le reste a été glané sur le Net.
Liens : "Du patron aux petites mains" sur Le blog de Libération et
l'interview du réalisateur sur le site d'Arte.
... des pages de ce même carnet, archivant les articles par thème : Architecture ronde, Conso, Art, Lectures etc.
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