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(...) et plus généralement dans un sens étendu, dans tous les cas où une personne ne peut s'empêcher de penser à une situation qui l'a débordée émotionnellement.


Lettrine (I traumatisme) Le carnet de Jimidil y a l'irruption brutale de ce qu'on a pas vu venir, pas pu anticiper. Le témoignage des victimes et notamment celui de la jeune serveuse blonde. Ce jour là, elle a vu débarquer dans la pizzeria où elle travaillait deux types vêtus de noir et cagoulés, hurlant, menaçant tout le monde avec une arme à feu. Ils ont entrepris de dépouiller les serveurs du sac banane où ils rangent le fric des clients. Justement, son sac à elle avait un problème de fermeture. Elle a eu du mal à l'enlever. Un des deux type, celui qui avait le pistolet, très énervé, l'a menacé plus précisément, elle, lui hurlant de se dépêcher. Dans la panique, elle n'y arrivait pas. Elle s'est vu mourir. Ils sont repartis avec deux sacoches et moins de deux cent euros. Depuis, elle n'arrive pas à reprendre le dessus. Elle a dû quitter son travail. Elle n'arrivait pas à y retourner. Elle est toujours en dépression. C'était il y a trois ans. Ça aurait pu être toi, ou moi, ou ma fille et c'est la puce ou la princesse d'un père, d'un copain, qu'on imagine révoltés par l'injustice de ce qui lui est arrivée et infiniment tristes de la voir malheureuse. Mais les autres victimes disent la même chose de leur vie qui a basculé, et le jeune étudiant braqué dans l'hôtel où il était veilleur de nuit, également, répondant à la question : « Ça vous a semblé durer combien de temps ?  –  Ce n'est pas fini. Ça dure encore. » Ils étaient une dizaine à défiler, tous s'étant trouvé par hasard sur le trajet de deux jeunes apprentis braqueurs de quinze et seize ans.


Les réquisitions et le verdict : cinq ans de prison dont trois fermes, avec effet immédiat. J. est parti en taule directe. Je l’avais pris en bas de chez lui à Villefranche à 6h30, on était arrivé pile poil à Grenoble pour l’ouverture de l’audience du tribunal pour enfants statuant en matière criminelle, à 8h45.


Il y a cette hypersensibilité résiduelle, les reviviscences inopinées, quotidiennes après le grand plouf de départ, dont les vagues se propagent dans toutes les directions, touchant des rives qu’on ne soupçonnait pas, comme retrouver le plan de Grenoble froissé dans une poche et le ticket de parking dans une autre, certaines infos de la télé, les gens de couleur dans la rue...


Il a y les tentatives de refaire le film, cette quête irrépressible et vaine de chercher des embranchements qui auraient pu conduire à des fins alternatives évitant le traumatisme. Toutes commencent par « Et si... » et se terminent par un point d'interrogation.


Il y a la culpabilité, ce qu'on aurait dû faire, ou ne pas faire et qui relevait bien de soi, dans le champ personnel ou professionnel. Mais là aussi, les questions de soi à soi ne conduisent nul part.


Il y a pour finir l’immense fatigue, physique, d’une journée trop longue de douze heures de travail ininterrompues, et morale, d’avoir essayé de tout comprendre, tout contenir, sans y parvenir tout à fait.

Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 12:39
- Publié dans : Jimidi- Réflexions /bio - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
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