Partager l'article ! Une année chez les français – Fouad Laroui: Commencé hier soir au c ...
Commencé hier soir au coucher. Pas pu le lâcher avant 2h30 du matin. Encore quelques pages aux toilettes avant de partir bosser. Ai dû renoncer à l'emporter pour le lire sur le chemin, à cause de la pluie. Terminé ce midi en déjeunant. Vous trouverez sans problème des résumés du livre sans aller chercher très loin, mais disons qu'il s'agit de l'année de sixième du petit, très petit Medhi, de sa rentrée de septembre au Lycée Français de Casablanca en 1969, qu'il découvre, jusqu'à la remise des prix en juin.
J'ai de bonnes raisons de vous parler de cet excellent petit livre, dont pour une fois, la couverture donne une idée juste. Ce petit bonhomme est largué, dans un environnement culturel et matériel très surplombant, dans lequel il se cramponne désespérément au seul point de repère qu'il ait : la langue française. C'est donc un livre dans lequel la langue (encore !) fait jeu égal avec le personnage principal, mais d'une façon surprenante. En effet, Medhi, boulimique de lecture, collectionne des mots, des tournures, des expressions tirés des classiques, mais qui ne se rattachent à rien dans sa réalité de petit marocain de l'arrière pays. C'est au fil de son année scolaire qu'il arrivera, au gré des circonstances, à puiser dans son quotidien quoi mettre sous ces mots étrangers, fascinants et jusque là vides de sens. Il chemine donc un peu « à l'envers » de la démarche ordinaire qui, partant du réel perçu, éprouvé, va jusqu'aux mots pour le dire, en passant par l'apprentissage du langage oral puis de la langue écrite. Lui parcourt dans les livres, dans une langue qu'aucun de ses proches ne maîtrise vraiment, un monde qui n'ayant rien à voir avec le sien ouvre grandes les portes de l’aventure et de la poésie.
On a beaucoup d'ingrédients d'un drame. On imagine sans beaucoup d'effort Medhi possible victime d’un racisme de classe et de la xénophobie colonialiste, mais de grand drame, il n’y aura pas, juste des petits. On mesure alors que ce gamin n’est pas seulement désarmé, il est désarmant, si bien qu’autour, dans cette enceinte scolaire finalement bienveillante, les adultes apparaissent marqués du sceau de l’étrangeté aux yeux du petit étranger, chacun frappé de folie douce mais d'aucune méchanceté.
C’est donc un livre heureux, qui fait rire tout en pinçant un peu le coeur par endroit, mais dont on sort léger, avec le sentiment qu’encore une fois, la vie a gagné.
... des pages de ce même carnet, archivant les articles par thème : Architecture ronde, Conso, Art, Lectures etc.
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