oilà comment ça se passe entre Netkulture et moi : Là-bas, suivant une ligne éditoriale qui me fait penser à une vente de garage quand je suis de bonne humeur ou, quand je le suis moins, à un chauffeur de locomotive à vapeur enfournant de grande pelletées d'anthracite dans sa chaudière, Tonton propose à notre curiosité des trucs et des machins glanés sur la toile au gré de ses trouvailles et de ses très éclectiques centres d'intérêts. De temps en temps – assez souvent, il faut bien le dire – je découvre là-bas des artistes dont le travail m'accroche assez pour avoir envie d'en savoir plus. De temps en temps – trop peu souvent, il faut bien le dire – je m'efforce alors d'écrire ici un article un peu substantiel sur eux.
Tonton ne trie pas et c'est là un des charmes de Netkulture : voir sur les mêmes pages cohabiter le pire et le meilleur. Mais comme je m'apprête à dénoncer l'escroquerie que représente à mes yeux la quincaillerie de Andrew Myers, je ne voudrais pas qu'on puisse penser que cette critique s'adresse de la plus infime ou sournoise façon à Netkulture ni à son rédacteur. Et puisque les choses allant sans dire vont encore mieux en le disant : je reste infiniment redevable à Tonton de m'avoir fait découvrir, par exemple, Bruno Walpoth, ce sculpteur d'âmes, mais également des dizaines... Oui, bon : UNE dizaine d'autres artistes au moins aussi importants. Dès lors, on pourra empiler sur l'autre plateau de la balance toutes les vis cruciformes qu'on voudra, ça ne changera rien à mon profond attachement à ce site. J'arrête là sinon Tonton va se retrouver avec mon rhume et on pourrait lui demander pourquoi il tousse.
AffilierAndrew Myers à un mouvement artistique, ou du moins rapprocher ses pénibles réalisations du travail de vrais artiste n'est pas très compliqué : pour moi, c'est du Pixel Art, n'en déplaise à l'article de Wikipedia sur le sujet, qui, sous couvert de précision, me paraît tenir un propos sectaire. On connait cette faculté qu'a notre œil d'assembler une figure à partir d'une image composée de points, ou de pixels ou en l'espèce, de vis peintes. C'est ce qui permet entre autre l'impression offset. (Si j'ai le temps et le courage, je collerai des liens à la fin de cet article vers des travaux issus de techniques comparables). Je n'ai rien contre la pixellisation, ce serait aussi stupide de ma part que d'être contre la peinture à l'huile, mais s'agissant de Andrew Myers, le résultat fait plutôt peine à voir et ses vis ne me paraissent servir à rien.
Je ne sais pas qui de l'artiste ou du commentateur croit solliciter d'avantage notre admiration en précisant que chaque vis est peinte, mais voilà qui ruine pour moi toute l'entreprise puisqu'en somme, nous n'avons pas là des vis composant un visage mais un visage peint sur des vis. Des gens dessinant ou peignant sur des supports inattendus, avec des fortunes divers, Netkulture en regorge, comme Mike Stikley dont la mauvaise peinture n'est pas rachetée par les livres qu'elle barbouille. Les plus perfides d'entre vous (de Tours) pourrait bien inutilement me rappeler ici qu'il n'y a pas si longtemps, Titwane lui même (c'est vous dire !) dessinait des portrait sur des pages de livres. Bien essayé, mais que ce soit clair : le support, on s'en fout. Peignez sur des boulons si ça vous chante, les gars, mais qu'alors le résultat soit intéressant et qu'au final, on puisse voir un peu plus que de la quincaillerie colorisée.
Oui, mais là, les vis permettent d'ajouter du relief vont inutilement m'objecter les mêmes perfides lâchant la proie pour l'ombre. Putain, mais on s'en fout du relief ! Quelqu'un pourrait-il me dire ce que ce relief là ajoute substantiellement aux différences de valeurs déjà peintes sur les vis ? Si, ce que ça ajoute, c'est un soupçon de matérialité, d'épaisseur*, mais on touche alors au cœur de l'escroquerie. Ce que voudrait nous faire croire Andrew Myers c'est que partant d'une image composée de pixels, les vis ajouteraient une troisième dimension. Ça pourrait être intéressant si ce relief là n'était pas le même que celui du sujet figuré, sinon, c'est juste redondant. Tu as décroché ? Bouge pas, je te récupère : imagine, je sais pas moi, que l'image peinte sur les vis soit un visage jeune et le relief un visage vieux, ou l'image celle d'un chamois et le relief celui de la Vanoise, ou le visage celui de Tabarly et le relief celui d'un bateau... tu vois l'idée ? Les vis auraient alors leur propre justification. Mais sous la visseuse d’Andrew... Remarque, si, pour servir de publicité à une quincaillerie de quartier...
Dernier détail qui tue : peut-être trouverez vous sur le site de Andrew Myers où il a planqué ses vis, perso, j'ai pas vu. En revanche, on y trouve des sculptures et des peintures elles aussi sans intérêt.
les petits tableaux unitaires de Lewis Lavoie
les dessins en agrafes de Patrice Debombourg
* Ça fait penser à ce gadget des années 80, ces dans lesquels on pouvait enfoncer la main et qui gardaient la forme.tableaux de clous



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