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Michel Henricot

 

 

 

 

En juin 2009, à la suite d’une heureuse déambulations sur la toile ne devant pour une fois rien à Netkulture, je découvrais Michel Henricot, peintre. Tiens ? Je devrais préciser : peintre peignant (au pinceau, pas au peigne) à la peinture sur des châssis, ou disons des toiles, pour éviter la confusion avec tes fenêtres, ou avec la ferraille trainant dans ta casse-automobile. Ça nous le situe déjà dans les artistes « classiques », du moins pour ce qui concerne les grandes lignes de sa technique. On ne trouvera donc pas dans son œuvre d’installation, de vidéo, de collage… Rien que de la bonne toile jamais en panne, à suspendre chez soi sur un mur avec rien autour, pour s’installer devant et la regarder éperdument en attendant la fin du monde.

 

Pour une fois - je devais traverser une crise sporadique de vertu - j’avais demandé l’autorisation de reproduire les œuvres de Michel Henricot sur mon carnet ET attendu une réponse. Elle vint, sous la très sympathique plume Anne-Marie KUCHARSKI, chargée des intérêts du peintre sur le Net, si j’ai bien compris. Nous avons correspondu. Elle m’a fait la gentillesse de commenter mes notes et d’apporter un tas de précisions utiles et de liens à suivre. Qu’à l’heure où je meuble ce nouveau carnet, elle en soit de nouveau remerciée.  

Jimidi

 

 

Ruines

 

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Lettrine (C' vache)

 

 

 

est peu dire que j’aime cette toile, « Ruines » de Michel Henricot. Comme toutes les œuvres qui provoquent une rencontre, il me semble que je pourrais l’avoir sous les yeux pendant toutes les années qui me restent à vivre sans jamais l’épuiser ni m’en lasser. Elle ne présente pas, à première vue, les caractéristiques qui peuvent signer sans risque de se tromper certaines œuvres présentant cette matière lisse au reflet un peu gras que semble affectionner le peintre. Il n’y a donc pas là cet éclat de hache polie, de galet, de terre cuite qu'on trouvera dans la série des corps, des visages, des barques qu’on pourra également apprécier sur le site qui nous les montre (qui plus est dans un format permettant très heureusement d’en apprécier certains détails). Non, ici la lumière est bien celle très particulière du peintre – je vais y revenir - mais la matière est plus d’arête que de rondeur avec quelque chose de fragile, de friable là où les autres sujets paraissent beaucoup plus assurés de leur solidité.

 

L’ensemble des ruines nous est présenté d’un point de vue élevé. On pourrait imaginer un survol, ou une chute… Il n’en n’est rien. Il est tout à fait évident pour moi qu’il s’agit là de l’ultime coup d’œil jeté par la dernière âme ayant habité ce lieu, avant de rejoigne le ciel. Il y a quelque chose de terriblement détaché dans la manière de peindre chaque détail, rendu de manière quasi clinique. Mais on voit également en contrepoint l’infinie nostalgie de ces chemins, de ces méandres plus clairs laissés par les pas des absents entre les maisons maintenant vides. Ils  n’ajoutent rien à la précision topographique mais indiquent – avec quelle force ! – la trace des petits pas répétés du quotidien. Car ce qui est en ruine ici, ce sont peut-être moins les murs que le village, moins l’architecture que la vie elle-même ayant perdu sa fortune.

 

Pour s’envoler, notre dernière âme a choisi son heure, celle ou les rayons du soleil illuminent en les rasant chacune des arêtes des murs. On n’hésitera pas longtemps entre le crépuscule et l’aube. C’est le petit jour, l’heure la plus fraîche, la seule sans doute où le peu d’humidité du lieu pourrait le nimber de ce voile discret dont le peintre l’a recouvert. Dans son envol, la dernière âme voit son village comme elle ne l’a probablement jamais vu. Elle n’a plus son regard terrestre arrêté par les murs. Elle voit, pour la première fois peut-être, de son village l’architecture intime et secrète : son squelette. L’idée lui viendra peut-être alors, comme elle me vient, que c’est par notre squelette que nous appartenons à l’espèce. Elle comprendra alors qu'à présent mort, le village n’a pourtant pas vécu en vain. Il était lui aussi un organisme, à ce titre apparenté à d’autres, qui naîtrons après lui, peut-être justement au cours de cette journée qui commence.

 

On ne sait pas où son envol conduira cette âme. Le peintre ne le dit pas. Il nous donne juste à voir la dernière image qu’elle emporte avec elle pour l'éternité.

 

Jimidi (29/06/2009)

 

 

 

 

 

 

Impression sur « Piscine »

 

1493937667Lettrine (D Ourgang Chabrière) Le carnet de Jimidi'abord cette sensation indicible, tapie intimement en moi depuis toujours, silencieuse et imposante. Puis la certitude de la vision de cette sensation alors que je contemple pour la première fois la Piscine de Michel Henricot, comme si la toile me renvoyait le reflet de ma propre intériorité...

Je suis reliée de manière organique, viscérale, à la créature assise sur le plongeoir, ange déchu dont les omoplates saillantes me font entrevoir les cicatrices d'ailes anciennes. Le dos d'albâtre, somptueux, parfait, qu'une lumière surnaturelle effleure pour mieux encore en révéler la beauté, la profondeur, me laisse deviner l'entrée du monde invisible qui se dérobe à mes yeux. Car c'est cette part invisible, ce monde hors de notre monde, de notre réalité, et qui échappe à notre conscience, que je perçois si intensément dans cette toile. Ce dos fameux est l'astuce qui me permet de traverser le miroir si lisse du tableau pour pénétrer dans ce monde calme et rassurant.

Le nageur diaphane, baignant dans la piscine, et sur lequel une lumière irréelle passe tel un souffle, semble s'évanouir du tableau puis réapparaître petit à petit, telle une photo dans un bain révélateur, selon l'intensité de la clarté, diurne ou artificielle. Les deux personnages doivent rejoindre la ligne d'horizon d'une ardente pâleur bleutée. Il me faut les suivre, car ils m'indiquent le chemin, me protègent et m'escortent vers ce sanctuaire…

Cet interstice infime entre l'eau de la piscine et le ciel sombre me fait penser à cette lettre de Rilke à Balthus : « ...toujours à minuit, il se fait une fente minuscule entre le jour qui finit et celui qui commence, et une personne très adroite qui parviendrait à s'y glisser sortirait du temps et se trouverait dans un royaume indépendant de tous les changements que nous subissons ; à cet endroit sont amassées toutes les choses que nous avons perdues [1] »... Comme s'il fallait partir à la reconquête de soi.

Michel Henricot peignit ces personnages à un instant donné qui pourrait me faire croire qu'ils sont immobiles. C'est son seul moyen visible de me convaincre de m'arrêter devant la toile et m'inviter à traverser le miroir. La toile, au contraire, est mobile, vibratoire, chaque jour davantage alors qu'elle se charge de mes regards. En retour, elle me révèle un peu plus de son mystère. Elle me dit qu'il est possible de vivre intensément, autrement, et que l'essentiel est dans cette vie-là. C'est le but à atteindre pour devenir soi. Et il se trouve sur l'autre rive.

 
La distance entre les deux personnages et cet horizon n'a aucun obstacle. Mais le chemin semblant infini, comment s'y rendre ? Ici, pas de clic sur la souris pour me transporter à l'autre bout du monde, la toile n'est pas virtuelle. L'important n'est pas le temps mais ce que je mettrai en œuvre pour ce voyage ainsi que toutes les rencontres qui le parsèmeront. Le tableau me dit qu'il faut me dépouiller de l'ordinaire, du superflu, des illusions, angoisses et frayeurs imaginaires, pour avancer avec confiance et sérénité vers la lueur bleue qui, à mesure que je m'en approcherai, écartera le Ciel de la Terre telle une aube qui se lève. Car ce tableau est une ouverture pour s'élever et accéder à un autre niveau de conscience. Envisager les choses d'un angle différent pour mieux en appréhender le sens. Prendre donc le temps de s'arrêter et regarder.

Il m'est difficile d'écrire mes émotions, je ne peux qu'emprunter les mots de Pascal Jardin pour tenter d'exprimer ce que je ressens : « il est des êtres que le destin place sur notre route pour nous obliger à la suivre, au moment où la lassitude risque de nous prendre. Ils viennent vers nous avec ce qu'il faut de ressemblance pour nous charmer, avec ce qu'il faut de différence pour nous induire au changement [2] ». C'est un des enseignements que la toile de Michel Henricot m'a révélé à ce jour. Je suis loin d'en avoir percé tous les mystères, mais est-ce nécessaire ? J'aime infiniment ce tableau, plus pour ce que j'en ignore que pour ce que j'en sais. A chaque nouveau regard posé, l'ange du plongeoir « n'est, chaque fois, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre [3] ».

Je me suis longtemps demandé s'il existait une musique qui s'accorderait avec la toile. Force m'est de constater que seul peut y régner le silence, entrecoupé du bruit du sillage du nageur fendant l'eau. Les tableaux de Michel Henricot me parlent tous de ces vies secrètes que chacun de nous, bien souvent inconsciemment, porte en lui…

 

Anne-Marie KUCHARSKI

 

(Cet article, paru à l'origine sur "Artslivres", est reproduit ici avec l'aimable autorisation d'Anne-Marie K.)

 



1. Rilke-Balthus, Lettres à un jeune peintre, Bibliothèque Rivages, 2002, p.36.
2. Pascal Jardin, Je te reparlerai d'amour, coll. La Petite Vermillon, La Table Ronde, 1999, p.73.
3. Paul Verlaine, d'après Mon Rêve Familier, in Poèmes Saturniens.

 

 

Michel Henricot (suite et fin provisoire)

 

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« Ten dreams », un autre site sur lequel vous pourrez admirer (en petit hélas) une trentaine d’œuvres de Michel Henricot. Et pendant que vous y êtes, ne ratez pas non plus dans la section « anciennes expositions » du site de la galerie Dmochowski, la sélection d’une bonne vingtaine d’autres. Par ailleurs, on nous promet quelque chose là, mais que je n’ai pas trouvé. Vous pourrez lire aussi, un entretien que j’ai trouvé très intéressant sur le site de « Rose noire ». (Rose Noire N°5, été 1998)

 

Sinon, j'ai eu la curiosité de chercher des oeuvres des peintres que cite Michel Henricot dans son entretien, sur Artlivres en laissant tomber Léonor Fini, que tout le monde connaît et Roland Cat dont je n'ai rien trouvé de très convaincant. Ouaip, ben la pêche n'a pas été miraculeuse. D'ailleurs c'est simple, on jurerait que les blogs et les sites sont engagés dans un concours à qui montrera le moins d'oeuvre et dans des formats les plus petits possibles. Comprends pas. C'est pourtant pas la place qui manque... Du coup, je ne reproduit ici que ce que j'ai pu trouver dans un format un chouia supérieur au timbre poste de Léonardo Cremonini.

 

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Quelques petite précisions  (en trois fois) d’Anne-Marie Kucharsky


Le site Ten Dreams a pillé un peu partout sur la toile (et ce jusque sur mon petit-blog-perso-qui-sert-à-rien) les photos des toiles de Michel Henricot, prétendant avoir reçu l'autorisation de ce dernier. Michel n'a bien sûr jamais entendu parler de ce site !

Anna et Piotr Dmochowski sont de très grands collectionneurs d'art. Anciens galeristes à Paris, chez qui Michel Henricot a exposé, ils présentent aujourd'hui des expositions virtuelles sur leur superbe site. Ce sont eux qui ont fait connaître en France l'immense Zdzislaw Beksinski, peintre visionnaire polonais. Vous pouvez admirer son travail ici :
http://beksinski.dmochowskigallery.net/galeria_past.php?lang=f
http://www.beksinski.pl

Ecrit par : Anne-Marie | 02.07.2009

 

Quelques petites précisions, suite (je suis bavarde, c'est là mon grand défaut et tout ne rentre donc pas dans un seul post) :

Pour "on nous promet quelque chose là", c'est là :

http://www.cfmgallery.com/Gallery-Archives/Michel-Henricot-Art.htm
Michel a exposé en 2003 à la CFM Gallery à New York. Le site ayant été remanié, ils ont perdu des toiles en route... La promesse s'avère donc maigre.
Le site Egone propose effectivement une interview de Michel publié dans feu La Rose Noire. Le site présente aussi une galerie d'artistes avec quelques (très) petites photos de leurs oeuvres. Jetez un oeil sur Henricot, Margotton et Trignac (et les autres si vous voulez...) :

http://www.egone.net/artistes.htm

Ecrit par : Anne-Marie | 02.07.2009

 

Suite et fin des précisions : En ce qui concerne Roland Cat, dont j'aime beaucoup les oeuvres, il y a effectivement peu de choses sur le net. Néanmoins, vous trouverez quelques toiles sur le site du peintre Laurence Caruana, auteur de la revue "Visionary Revue" :

http://www.visionaryrevue.com/webtext3/cat.gal.html
Par la même occasion, découvrez d'autres oeuvres de Michel Henricot et Yves Thomas :

http://www.visionaryrevue.com/webtext3/henricot.gal.html
http://www.visionaryrevue.com/webtext3/thomas.gal.html
Autre grand peintre visionnaire merveilleux : Jean-Pierre Ugarte. Ses toiles sont superbes (et nombreuses !!) :

http://pagesperso-orange.fr/ugarte/index.html
Pour terminer, un autre site de galerie où Michel Henricot a participé à des expos collectives : JKK Fine Arts dans le New Jersey :
http://www.jkkfinearts.com/Henricot

Ecrit par : Anne-Marie | 02.07.2009

 

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